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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 8

C’était Hadrien qui avait imploré. Il se projeta à genoux devant Jude.

« Pardonnez-la, pria-t-il, ce n’est pas… elle n’est… »

Il observa sa sœur, toujours statufiée par le regard de Jude. Le pieu dans sa poitrine tomba au sol avec un tintement, repoussé par les muscles et les os qui se réparaient.

« Je ne comprends pas ce qui se passe ce soir, avoua-t-il, les yeux brillants. Elle n’est pas…ce n’est pas… Depuis qu’on a reçu ce paquet, elle n’a que cette idée en tête.

– Quelle idée ?

– Celle de vous tuer. »

Jude contempla les yeux bleus d’Héloïse, puis s’agenouilla et lui prit la gorge pour faire résonner les battements de cœur dans sa paume. Bien lui en prit. La vibration était trop subtile pour être entendue à distance mais une fois contre sa peau, c’était perceptible. Dans les veines de la chasseuse coulait une colère qui n’était pas la sienne.

« Héloïse, petite chérie, qu’est-ce que tu as fait ? » murmura Jude contre les lèvres entrouvertes.

Elle n’aimait pas faire appel à ses pouvoirs d’hypnose avec une telle puissance : sa voix devenait plus grave et mélodieuse, ses traits et son corps changeaient de forme, prêts à revenir à leur état originel, ceux d’un homme puissant et beau qu’elle méprisait avec passion. Mais pour contrecarrer le sortilège qui enfermait la chasseuse, elle savait que chaque seconde comptait.

Elle glissa sa main de la gorge aux cheveux d’Héloïse et caressa ses mèches éparses, continuant à souffler des paroles encourageantes sur son visage. Les couleurs revinrent sur la peau humide, dans les joues et les lèvres. Jude se forçait à parler en un flux ininterrompu, ne pas inspirer et perdre sa concentration, car elle sentait bien que le corps d’Héloïse réagissait favorablement à sa séduction.

Enfin, Héloïse cilla, inspira, parla.

« Il y avait un collier… »

Jude garda sa longue main dans ses cheveux mais relâcha sa tension et chercha le bijou autour de son cou. Elle trouva une mince chaîne d’acier sur laquelle se balançait un pendentif en forme de fleur de lys. Jude la détacha et relâcha son emprise sur Héloïse, qui tomba assise sur la pierre.

« Tu as de l’eau bénite ? demanda-t-elle à Hadrien, qui hocha la tête. Fais-lui en boire, ça rompra le charme. »

Pendant que le chasseur s’exécutait, Jude s’éloigna et passa sa langue sur le pendentif. Encore une fois, c’était subtil mais une trace de sang restait. Son goût évoquait à la fois un souvenir chéri et un remords cuisant. Jude poussa un soupir et referma ses mains sur le bijou, reprit sa position de guet tandis que Hadrien guidait sa sœur hors de son état hypnotique par des prières.

Jude comprenait le jugement émis par la balance de Mamat. Sur le coup, appliquer la sentence lui avait paru impossible mais tandis qu’elle regardait les jumeaux se soutenir mutuellement, tenter de faire sens des événements, la résolution s’ancra dans son esprit.

Elle avait toujours su que son ennemie était perverse et audacieuse, prête à emprunter les voies les plus sombres pour parvenir à ses objectifs. Jude avait un temps cru que la modernité et la technologie avaient mis fin à ses activités. Il s’avérait que non. La réalisation forma un étau dans sa poitrine. Elle reconnut là la fin d’un espoir passionné, celui qui défie toute logique ou raison. Elle se demanda si c’était celui que Mamat avait nourri à son égard pendant tous ces siècles.

Héloïse et Hadrien la regardaient. Jude inspira, ne trouva plus rien de menaçant dans leurs odeurs. Elle se détendit. Chez elle ne restait qu’une ombre de faim, pour le désir d’Héloïse, qui finirait par passer, comme tout le reste.

« Qui êtes-vous, sérieusement ? » demanda la chasseuse.

Elle ramassa le pieu d’argent et le replaça à sa ceinture. Jude les observa tandis qu’ils se relevaient, débattant brièvement sur son envie de les éclairer. La prudence l’emporta.

« Vous vous souvenez de l’avenue Montaigne ? Il y a là une âme damnée qui se meurt lentement, ce serait charitable d’abréger ses souffrances, et de lui offrir une possibilité de rédemption. Ça doit être dans vos cordes. Et ça ajoutera un joli trophée à votre tableau de chasse.

– Vous venez avec nous ? » demanda Héloïse, et Jude retint une grimace, crut que l’eau bénite n’avait pas suffi. La chasseuse poursuivait :

« Quelque chose nous suit. Depuis l’arrivée du paquet.

– Vous savez ce que c’est ?

– Non mais on reconnaît le comportement, fit alors Hadrien. C’est le même que le nôtre en ce qui vous concerne. Quoi que ce soit, ça attend patiemment. Peut-être que c’est vous.

– Personne n’a jamais de mal à me trouver.

– Il y a sûrement des… gens… que vous savez éviter, observa Héloïse. Des gens que vous repoussez de toute votre âme. Si vous êtes aussi puissante qu’on le dit. »

Jude eut un sourire involontaire..

« Qu’est-ce qu’il y a comme informations dans les notes de vos grands-parents, exactement ?

– On ne va pas tout vous dire, on n’est pas des idiots non plus », renvoya Hadrien sans méchanceté. Cette fois, Jude rit. Ses cordes vocales grincèrent, nouvelles à l’exercice.

Ce fut cette expression d’émotion qui lui fit comprendre à quel point le frère et la sœur étaient bénis, peut-être même protégés par un ange quelconque. Rarement avait-elle rencontré des êtres humains capables de lui transmettre une parcelle de leur humanité. Elle se décida.

« J’imagine qu’on peut faire un bout de chemin ensemble.

– Cool », dit Héloïse, guillerette.

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