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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 7

Jude cilla, surprise, et assuma sa position de guet devant eux, une manière de retrouver contenance.

« Ce n’est pas dans mes projets », dit-elle enfin, et un frisson de soulagement passa sur le visage des deux chasseurs, mêlé de perplexité.

« Mais…on vous a attaquée. »

Jude se pencha vers l’avant, avec le désir mesquin de les pétrifier.

« Je suis au courant, petite chérie », siffla-t-elle en arborant un sourire féroce, et elle eut la satisfaction de voir la jeune femme pâlir. Elle se redressa et leva les yeux au ciel en quête d’inspiration. Un temps, elle écouta la vibration de la cathédrale.

« On peut parler ? s’enquit-elle soudain. Vous n’allez pas rester à genoux toute la soirée. Venez. »

Elle pivota et marcha vers les marches de l’autel, s’assit et leur indiqua d’un geste de la rejoindre. Avec circonspection, ils s’exécutèrent.

« Vous n’êtes pas un vrai vampire, observa la jeune femme.

– Ainsi sont les choses, contra Jude. La seule raison pour laquelle vous avez réussi à me blesser, c’est parce que vous avez invoqué Saint Matthieu, et qu’il a estimé votre prière digne de réponse. »

Elle tâta la partie gauche de son visage. Tout semblait normal.

« C’était horrible, murmura le jeune homme. Je ne savais pas que le nitrate ferait ça. »

Jude ne répondit rien. Silence, à nouveau.

« Vous avez dit que vous vouliez parler, dit soudain la jeune femme. Alors ? »

Jude passa sa main sur son crâne tout en jaugeant les différentes approches à sa disposition pour amorcer la conversation. Elle choisit la franchise.

« Je vous connais, votre histoire est célèbre dans les cercles démonologiques, vous êtes les jumeaux de Gève, auparavant Gévaudan, Héloïse et Hadrien. J’ai croisé vos grands-parents, il y a longtemps.

– C’est vous qui les avez tués ? demanda Héloïse, le front ombrageux.

– Non.

– Ils parlent de vous dans leurs notes, fit Hadrien. Vampire Alpha. Ils ont créé des capteurs pour être prévenus de votre retour.

– Et qu’est-ce qu’ils disent ?

– Que vous passez sans vous arrêter, que vous vous nourrissez sans tuer personne, qu’il y a des créatures plus dangereuses à chasser. Votre présence les attire et ils vous utilisaient comme appât pour les traquer. C’est pour ça qu’on vous observe depuis votre arrivée.

– Mais pas ce soir. »

Héloïse serra les lèvres, Hadrien se détourna.

« Quelque chose a changé, poursuivit Jude, et j’aimerais savoir quoi.

– Et une fois que vous aurez la réponse, vous nous tuerez », prédit Héloïse.

Jude la regarda posément.

« C’est une obsession, décidément.

– J’ai du mal à croire que vous nous laisserez partir comme ça, répliqua Héloïse après un grognement.

– Femme de peu de foi. Ce n’est pas très chrétien.

– Et qu’est-ce que vous savez de la foi des chrétiens ? s’énerva Héloïse.

– J’étais là quand elle a été inventée. »

Cette sortie eut le mérite de taire les jumeaux.

« Je pense que vous êtes la plus vieille créature qu’on a jamais rencontrée, dit enfin Hadrien.

– Me voilà flattée », siffla Jude qui perdait de son amabilité à chaque fois que le terme était employé. Se voir renvoyer sa malédiction au détour de chaque phrase était pesant, et insultant. Elle inspira, fut satisfaite de constater que rien d’étrange ne venait teindre leurs odeurs corporelles.

« Pourquoi avez-vous décidé de me traquer ce soir ? demanda-t-elle après quelques secondes. Même vos grands-parents ne s’y sont pas risqués. »

Le frère et la sœur se consultèrent du regard. Dans l’échange silencieux qui s’ensuivit, Jude perçut qu’Hadrien était plus disposé à partager. Elle focalisa donc son attention sur lui, se demanda si elle aurait des scrupules à l’hypnotiser pour atteindre son but. Au final, elle n’en eut pas besoin.

« On nous a payé pour le faire.

– Vous savez qui ?

– Non, le paquet était anonyme, c’était juste du cash, le nitrate et votre photo.

– Ça ne vous a pas interpellés ? »

Ils ne répondirent pas. Jude comprit que les billets avaient fait taire leurs doutes. Elle n’avait rien à dire à cela, bien trop familière de ce genre de stratégies de survie.

« Je voudrais voir la fiole, s’il vous plaît. »

Elle savait que son ton ne souffrait aucun délai, Héloïse la sortit des plis de sa veste. Jude observa le cristal dans la lumière nocturne, fit tomber une goutte de nitrate sur sa langue. Cette fois, ces cellules se régénérèrent au fur et à mesure que le poison les brûlait, l’effet disparut au bout de quelques secondes. Jude tenait un début de réponse, une mince trace de parfum passée des mains de la préparatrice à la solution pendant le processus de fabrication, cela renforça ses suppositions.

« La prochaine fois que vous recevez un colis dans ce genre, ignorez-le, fit-elle en rendant la fiole. Votre commanditaire vous envoyait plus ou moins à la mort.

– Je le savais ! Vous allez nous tuer ! » s’exclama Héloïse.

Elle bondit et glissa sa main dans sa veste, en sortit un pistolet qu’elle déchargea sur Jude tout en hurlant « Cours, Hadrien ! »

Hadrien ne bougea pas, pas plus que Jude, qui laissa les balles d’argents traverser son corps et s’écraser dans la pierre alentour. Plusieurs claquements métalliques suivirent la cacophonie, indiquant que l’arme était déchargée.

« Non mais ça va pas ? cria Hadrien.

– C’est bon, c’est terminé ? » demanda Jude en même temps.

Elle se leva et contempla les dégâts, les trous sur ses vêtements encore fumants. À sa grande satisfaction, les pans de son manteau semblaient épargnés. Elle regarda Héloïse, qui resta immobile quelques secondes avant de hurler à nouveau, et s’armer cette fois d’un pieu. Jude soupira et la laissa la poignarder droit au cœur, puis lui saisit le poignet et la força à genoux. Elle perdait patience.

« Tu me fatigues, dit-elle, les pupilles plantées dans celles d’Héloïse qui pâlissait sous son regard. J’avais un début de sympathie, mais là, j’ai envie de te suspendre au toit avec tes propres menottes.

– Non ! »

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