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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 2

Une tornade de fourrure jaillit dans la pièce et s’abattit sur David. Jude envoya Alvar au sommet d’une armoire et, quand elle se retourna vers l’assaillant, celui-ci avait déjà mis David à terre.

Le sang coula sur le tapis. Un coup de feu partit, la balle ricocha sur son bras tandis qu’elle se déplaçait pour ceinturer la créature par l’arrière. Elle referma sa prise sur les poils drus, et serra. Les os craquèrent, la créature lâcha David pour hurler. Jude la projeta contre la porte, tenta de la repousser vers l’intérieur, mais la créature, enragée par la douleur, la mordit au passage. Les crocs s’enfoncèrent dans son bras, Jude referma la main sur la mâchoire supérieure et appuya. Une canine céda, la créature recula en chouinant. Jude retira la dent de sa chair, la lança au loin.

Un temps, les monstres s’observèrent. La créature rugit, Jude répondit par un feulement furieux. Dans ses poils souillés par le sang, elle venait d’apercevoir l’éclat du collier qu’elle cherchait. Son adversaire dut comprendre qu’elle ne serait pas facile à vaincre car il se détourna soudain et bondit vers Alvar qui tentait de tirer David hors de danger.

Jude tendit le bras pour lui barrer le passage, ses doigts saisirent le collier et tirèrent. Le bijou se rompit, déséquilibrant la bête qui tomba sans forme sur le tapis. Dans un dernier hurlement, elle battit des pattes dans le vide, tandis qu’à partir de l’échine, les poils tombaient au sol. Quelques secondes plus tard, il ne restait que le corps inerte d’un homme que Jude s’empressa d’enfermer dans la pièce sans fenêtre.

Le silence revint, d’autant plus lourd qu’il n’était que relatif. Jude passa rapidement devant la fenêtre pour vérifier l’avancée des silhouettes avant de revenir vers Alvar.

« Les clefs du van, exigea-t-elle.

– Pourquoi faire ? Il n’en a plus pour longtemps.

– Surtout si tu restes ici sans rien faire, contra-t-elle. Donne-moi les clefs. Fais-le descendre, je vous retrouve en bas. »

Alvar grogna, mais il s’exécuta. Jude se fondit dans les plis d’un rideau et courut sur la nuit jusqu’au van, qu’elle démarra avant d’avoir complètement repris forme. Une minute plus tard, elle se gara sans précaution devant la porte de l’appartement. De l’autre côté de la rue, les deux silhouettes accéléraient.

La porte du hall bougea, Jude passa à l’arrière du van et fit coulisser la portière. La haute stature d’Alvar suffisait à peine pour transporter le corps plus trapu de David, complètement mou. Jude tendit la main pour l’aider à monter, un flash illumina alors la nuit.

Alvar poussa un juron, se cacha les yeux avec sa main libre.

« D’où ça vient ? cria-t-il.

– Laisse faire, ordonna Jude. Je les connais, on s’en occupera plus tard. Monte ! »

Elle allongea David au sol et reprit place derrière le volant. Elle appuya sur l’accélérateur tandis qu’Alvar s’évertuait à refermer la portière. Dans son dos, David gémit, et Alvar jura encore. Il déchira sa manche pour en faire un bandage de fortune.

Quelques minutes, ils roulèrent dans Paris, sans un mot. D’un coup d’œil dans le rétroviseur, Jude inspecta Alvar qui administrait de la morphine à son partenaire.

« Le connaissant, il peut tenir une heure. Ensuite on peut lui dire adieu, dit-il d’un ton sentencieux.

– Dans son cas, mourir serait mieux, contra Jude.

– Où tu vas ?

– Chez moi. Je ferais monter David et tu iras cacher le van, tu reviendras à pied. Quatrième étage, porte de gauche. Prends le volant. »

La proximité de leur destination ne lui laissa pas le temps de protester. Jude pila puis se glissa à l’arrière. Elle positionna David, le corps toujours aussi flasque, dans son dos, passa les mains par-dessus ses épaules et les noua avec les chutes de tissus de sa chemise.

« Tu vas t’en sortir ? » vérifia le colosse. En guise de réponse, Jude lui donna le code d’entrée avant de fermer la portière. Elle entra dans la cour intérieure de l’immeuble et escalada la façade jusqu’à la fenêtre du salon de son appartement.

À l’intérieur, Reina, sa colocataire, allongée au sol, faisait sécher une pancarte, une pochette de sang en cours de remplissage était branchée à son bras. Jude ouvrit la fenêtre et entra avec son fardeau. Reina poussa un hurlement.

« Jude ! On a une porte, je te signale.

– Pas possible. La voisine du dessous promène son chat dans le couloir.

– Encore ? Il est presque dix heures, elle arrête jamais…

– Reina ! l’interrompit Jude tout en défaisant les liens qui retenaient David dans son dos.

– Oui, pardon, tu veux que je fasse quoi ?

– Débarrasse la table, s’il-te-plaît. »

Reina repoussa comme elle put cartons, pinceaux et pots de peinture qui encombraient la longue table de bois et s’éclipsa pour revenir avec une trousse de premiers secours.

« Ça ne servira à rien, prévint Jude. Apporte-moi du pain, plutôt. »

Reina obéit à l’étrange requête. À peine fut-elle revenue que la sonnerie de l’entrée retentit.

« À tous les coups, c’est la voisine. Elle a dû quand même te voir, prophétisa Reina.

– Non, ça doit être Alvar, va lui ouvrir, s’il-te-plaît. »

Pour la troisième fois, Reina quitta la pièce. Jude installa David sur la table, défit le tissu qui camouflait la blessure, puis grimaça en constatant la chair lacérée. Dans l’entrée, les voix de Reina et Alvar s’élevaient en joute verbale chargée de sarcasme.

« Reina ! appela Jude. J’ai besoin de toi. Et enlève le pack », ajouta-t-elle quand elle revint.

Reina détacha de son bras le pack de sang à présent rempli, mit un pansement dans le pli de son coude et s’approcha de la table.

« Pourquoi on est venus là ? s’insurgeait Alvar. Qu’est-ce qu’elle peut bien faire avec sa baguette, ta pote ? »

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