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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 18

« Faisons un tour de table, proposa Hadrien. On a quoi comme arme ? »

– Un loup-garou en fin de vie, compta Héloïse. Balles d’argent, pieux de cèdre et d’argent.

– Eau bénite, compléta Hadrien. Un bâton béni aussi », ajouta-t-il en indiquant l’arme de fortune de Jude.

Alvar déposa un fusil d’assaut, un lance-grenade et des munitions sans ordre sur la table, qu’Hadrien proposa de bénir par la prière. Les deux hommes se mirent à une autre table, Alvar aligna les balles et Hadrien commença son travail. Héloïse poussa un soupir découragé.

« C’est vraiment trop peu. »

Jude devait bien l’admettre. Elle commençait à envisager d’y aller seule. Ce n’était pas la première fois qu’elle s’attaquait à un nid, ni à autant d’ennemis d’un coup. Mais c’était à une autre époque, un temps révolu où les victimes collatérales lui importaient peu. Elle n’était plus cet être sans merci et sans morale, et chaque vie dont elle anticipait la perte lui causait une peine insurmontable.

D’ailleurs, son cœur bouillonnait contre ses côtes, elle remua ses doigts et baissa les yeux sur sa poitrine, saisit l’éclat du fil dans la pénombre. Son regard croisa celui d’Héloïse et elle comprit qu’elles venaient d’avoir la même idée.

« Où est l’extrémité ? » demanda-t-elle. Jude la lui tendit et Héloïse tira. Elle détacha la bobine sur sa ceinture et commença à l’enrouler aussi vite que possible.

« On a besoin de kilomètres, murmura-t-elle.

– Tu te crées du lest, mais faudra se coordonner pour ne jamais le lâcher.

– Notre briquet ne sera pas suffisant pour créer une flamme assez puissante.

– Il faudra l’étoile du matin, compléta Jude.

– Oh. Tu sais comment l’invoquer ?

– Peut-être bien. »

Héloïse fronça soudain les sourcils et lâcha la bobine.

« Si notre plan fonctionne… Tout va s’effondrer.

– Et alors ? »

C’était Reina qui avait posé la question depuis le seuil. Elle émergea dans la pièce, suivie des sept autres. Les visages étaient farouches et déterminés, Jude vit venir la résolution et s’y opposa. Elle marcha vers elle et posa sa main sur sa joue, une supplique.

« Non. »

Reina se dégagea et regarda Héloïse, flamboyante.

« C’est le Panthéon, on ne peut pas…souffla cette dernière.

– On peut pas quoi ? Y a un nid de vampires là-dessous, oui ou merde ? »

Héloïse confirma d’un hochement de tête tremblant. Reina continua, implacable :

« Ces vampires foutent en l’air nos rassemblement, tuent nos amis, et faudrait attendre parce que leur nid est sous le Panthéon ? »

Les derniers mots avaient été hurlés. Reina passa sa main manucurée sur son visage et s’écarta, ce fut à Chloé de s’avancer en boitillant.

« On vient de passer quinze minutes à t’expliquer pourquoi on lutte, assena-t-il, tu dis que tu comprends, mais quand il s’agit de mettre tes actions là où sont tes mots, y a plus personne.

– C’est pas comme si on allait Quai des Orfèvres, renchérit Flo. Ou au Ministère de l’Intérieur.

– Mais, opposa Héloïse, c’est le Panthéon…

– C’est une tombe, y a que des squelettes là-dessous, dit alors Anaïs.

– Mais c’est un symbole ! On ne peut pas détruire un symbole comme ça.

– Ce que tu dis, c’est que nos vies et nos combats valent moins qu’un symbole, la coupa Clarence.

– Le symbole de quoi, de toute façon ? s’exclama Clara. Y a que des mecs cisgenres là-dedans. Si c’est ça le symbole de la République, elle pue.

Il y eut un silence après cette déclaration. Reina avait retrouvé son calme et affirma plus posément :

– La République n’en a rien à foutre de savoir si on vit ou si on meurt.

– Et c’est pas comme si on détruisait un symbole pour un symbole » remarqua Clara.

Héloïse mit quelques secondes à retrouver contenance face à la déferlante.

« Non ? Et si le nid était ailleurs dans les catacombes, sous un bâtiment quelconque, vous voudriez venir ?

– Oui, dit alors Claire. Ces vampires nous en veulent et ont lâché la police sur nous. On peut pas s’en prendre à la police de front, mais eux, je pense que oui.

Il y eut des hochements de tête approbateurs. Héloïse chercha l’appui de son frère jumeau mais il secoua la tête.

« Tu connais ma position. Le nécessaire doit être fait. »

Alvar hocha la tête et aligna une dernière balle sur la table. En dernier recours, Héloïse regarda Jude, qui mit quelques secondes pour formuler sa pensée.

« Tu sais bien que les morts n’habitent plus leurs corps. Comme elles l’ont dit, ce n’est qu’un tas de squelettes. La question c’est, à qui servent-ils ? Certainement pas à elles. Ni à plus de la moitié de la population. Et elles t’ont bien expliqué que plus de la moitié de la population est exclue de ce groupe. »

Héloïse ne trouva rien à répondre, le visage rouge d’émotion. Jude ramassa la bobine et recommença à tirer sur le fil.

« Si c’est trop pour toi, tu n’as pas à venir », fit-elle avec douceur.

Il y eut un murmure de confirmation. Héloïse carra les épaules et lui prit la bobine des mains.

« C’est ridicule. Si vous y allez, alors moi aussi. »

Un silence approbateur suivit cette déclaration. Alvar demanda :

« Vous avez des armes ?

– On a du riz et des ballons de peinture.

– Je peux bénir tout ça », dit Hadrien, la main tendue.

Plusieurs s’avancèrent avec leur sac à dos, puis Claire s’immobilisa.

« Marie Curie, souffla-t-elle.

– Et Simone Veil ! »

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