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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 13

Jude leva sa main libre et appuya sur la poitrine de l’assaillant alors qu’il lui portait un premier coup au visage. Cela eut l’effet agaçant d’un insecte s’écrasant sur un pare-brise.

« Dors », ordonna-t-elle, fixant à travers la visière le regard flamboyant de l’agent. Quelques secondes, il résista, Jude appuya davantage, son cœur eut un soubresaut avant de s’arrêter complètement. L’homme s’effondra, Jude le repoussa puis relança le muscle cardiaque d’une pression plus douce avant de s’occuper des suivants.

Elle regarda ensuite Alvar se battre à mains nues contre le dernier debout. Leur combat les avait menés sur la terrasse d’un café déserté. Alvar récupéra un projectile sur une table et le lança sur le visage de son agresseur, qui hurla de douleur. La diversion fonctionna, il put enfin le mettre hors de combat. Il s’appuya alors sur un poteau, une main sur l’estomac, cherchant son souffle.

« Est-ce que tu viens de t’en sortir avec du jus de citron ? vérifia Jude.

– Peut-être bien » reconnut-il après un temps.

Jude sourit, vérifia que personne ne reprenait conscience puis passa à la suite. Pendant qu’Alvar allait chercher le groupe, elle s’arcbouta contre un fourgon pour dégager un passage suffisant. Elle compta les sept militantes qui passèrent à petites foulées sous ses yeux. En dernier, Reina et Alvar soutenaient Chloé.

« On va chez Sofi, l’informa Reina alors qu’elle l’aidait à placer Chloé sur son dos. Elle nous attend, ça va nous permettre de souffler. »

Un temps, le groupe passa de zones d’ombres en zones d’ombres sur le trottoir, un frisson les parcourait collectivement à chaque fois qu’une sirène se faisait entendre. Arrivées à une intersection, elles s’interrompirent, petit à petit, comme subjuguées. Jude passa entre elles pour voir la raison de l’arrêt et cilla.

À hauteur humaine, une boule de feu leur bloquait le passage, reflétant leurs déplacements. Jude appela Alvar pour se décharger de Chloé et avança, étudia le phénomène.

« Abstiens-toi », murmura-t-elle.

Pour toute réponse, il n’y eut qu’un rire fluet, ce qui la rassura. Elle leva le visage et huma l’air de la nuit. L’odeur de chair décomposée portait à quelques centaines de mètres.

Elle retourna vers le groupe.

« Il vous reste du riz ? demanda-t-elle à la cantonade.

– Moi, j’en ai », fit Claire, la main levée. Elle ouvrit ensuite son sac à dos pour prouver ses dires.

« Tout le monde en prend une grosse poignée et la jette en passant devant. Ne vous arrêtez pas, n’ayez aucune pitié. »

Un concert de questions s’éleva, dubitatives ou incrédules. Ce fut Reina qui y mit fin.

« Faites ce qu’elle dit, on n’a pas de temps à perdre. »

Le sac à dos tourna entre elles, y comprit Alvar et Chloé, accroché à son cou. Reina s’avança la première, hésita quelques secondes puis jeta le riz vers la boule qui s’embrasa dans un ronflement. Se protégeant la tête, Reina passa dessous et attendit les autres au coin de la rue. Jude les regarda les unes après les autres jeter les grains de la même manière. Le ronflement allait croissant, l’odeur de chair se faisait plus forte, Jude put voir le corps écorché de la sorcière se traîner sur les pavés.

La loogaroo retrouva complètement son corps avec la dernière poignée de riz lancée. Jude fit signe au groupe de continuer à avancer puis s’accroupit devant la sorcière haïtienne qui, agenouillée au sol, se mettait à compter les innombrables grains de riz.

« Prie pour que j’en ai fini avec ta maîtresse avant le lever du soleil. Sinon, il sera trop tard pour que je vienne te chercher. »

La loogaroo n’eut qu’un gémissement plaintif, toute absorbée par sa tâche. Jude poursuivit :

« Pour chaque réponse sincère, j’en enlève mille, pour chaque mensonge, j’en rajoute mille, c’est bien compris ? »

Nouveau gémissement.

« Pourquoi tu es là ce soir ?

– Elle me l’a demandé.

– Quelle était ta tâche ?

– Je devais faire dégénérer le rassemblement et les empêcher de s’enfuir.

– C’est toi qui as lancé le fumi ?

– Non, c’est un autre. Je ne le connais pas. Laissez-moi compter, s’il vous plaît.

Jude retira trois mille grains d’un coup de main rapide, et reprit :

« Tu connais un homme nommé David ?

– Non. »

Jude remit un millier de grains sur le tas et la loogaroo poussa un sanglot.

« S’il vous plaît.

– La règle est claire. »

La sorcière serra les lèvres, puis lâcha :

« Il devait vous occuper. Et de toute façon, elle voulait récupérer le collier.

– Pourquoi ce soir ? En quoi un rassemblement féministe l’intéresse autant ?

– Je ne sais pas exactement. Je pense qu’on le lui a demandé. »

Jude jugea la réponse suffisamment sincère et tint l’arrangement.

« Où est-elle maintenant ?

– Dans les catacombes, dans son nid.

– Un nid ? Impossible, je l’aurai senti.

– Elle connaît vos faiblesses, elle sait comment jouer avec.

– Rien d’étonnant, murmura Jude pour elle-même tout en récupérant le nombre adéquat de grains. Merci pour tes réponses, loogaroo, peut-être qu’on se reverra à l’aube.

– S’il vous plaît, la supplia la sorcière en lui prenant la main. S’il vous plaît, faites ce que vous voulez d’elle, mais revenez. Je ne veux pas…je ne peux pas… »

Jude fut touchée par sa détresse, pas suffisamment pour mettre fin à son calvaire, mais assez pour lui donner une porte de sortie.

« Prie, intima-t-elle. Utilise tes pouvoirs pour influer sur la marche de l’univers et demande à ce que toutes les personnes que tu as vues passer s’en sortent saines et sauves. »

La loogaroo hocha la tête. Jude la laissa à sa tâche et rejoignit les autres chez Sofi.

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