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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 12

Deux silhouettes passèrent en courant sur la rue, Jude se releva pour regarder ce qui les chassait et vit la haute stature d’un CRS marchant vers elle, le bâton au poing. Pendant que dans son dos des exclamations terrifiées retentissaient, elle bondit, s’enroula autour de l’agent et ils chutèrent sur le pavé. Elle serra son bras autour de sa gorge tandis que le grand corps se débattait sur elle, en attendant l’évanouissement.

« Jude ! hurla Reina en courant vers elle. Lâche-le, c’est Alvar, lâche-le ! »

Jude libéra sa proie et se redressa, regarda le mercenaire, le visage révélé par la visière redressée de son casque, tousser à s’en décoller les poumons. Il sortit enfin une longue série de jurons.

« Par tous les cercles ! s’exclama Jude. Qu’est-ce que tu fais là ?

– Je suis venu le chercher, parvint-il à dire, en désignant Reina d’un bras tendu.

– Tu saoules » répliqua la concernée.

Ils se déplacèrent contre un mur, non loin du groupe rassemblé au pied des bennes. Alvar retira son casque et essuya son visage trempé.

« C’est une longue histoire, fit-il après une autre quinte de toux, mais je suis retourné à l’appartement pour trouver David. Rien, que dalle. David a disparu. »

Reina s’exclama. Jude mit plusieurs secondes pour assimiler l’information qui, une fois de plus, n’avait aucun sens dans cette nuit de folie.

« Et Clarence ?

– Inconscient. Assommé, probablement. Ça venait de se produire. Je l’ai mis dans le van et j’ai allumé ma radio, pour tenter de contacter David, ça n’a pas marché mais j’ai capté les échanges à propos du rassemblement de ce soir, ils se préparaient à avancer, et je savais qu’il... »

Jude lui décocha un regard appuyé, il se corrigea.

« Qu’elle y serait. Donc je suis venu pour tenter de la trouver.

– Où as-tu trouvé l’uniforme ?

– Emprunté à un agent inattentif. »

Reina s’exclama encore. Alvar haussa les épaules.

« Un bon soldat doit savoir protéger son uniforme.

– Ce ne sont pas des soldats.

– On est sûrs de ça ? » protesta Alvar avec un geste pour englober la scène chaotique de l’avenue.

Comme une confirmation, il y eut une détonation, et un projectile passa à quelques mètres d’eux.

« Lacrymo ! » cria Claire dans leur dos. Jude se précipita, récupéra la grenade et la lança dans la direction d’origine. Le projectile explosa dans les airs, et le flash révéla quelques silhouettes en uniforme à une centaine de mètres. Les récriminations reprirent de plus belles. Le groupe, jusque-là prostré, se redressa d’un même mouvement, porté par la colère, et un chœur d’invectives s’éleva, destiné aux agresseurs redevenus invisibles.

Malgré la cacophonie, Jude compta une quinzaine d’agents. Elle se projeta plus loin et constata que les huit agents qui bloquaient la rue transversale étaient toujours là. Huit, c’était déjà mieux que quinze.

Une autre détonation, une autre grenade, qui explosa avant que Jude ne puisse s’en saisir. Alvar se redressa, bâton au poing, près à en découdre, mais elle le rattrapa et l’entraîna derrière les bennes, à la suite des autres qui couraient s’abriter comme elles le pouvaient.

« Si tu veux en découdre, y a de quoi faire par là, indiqua-t-elle en montrant la rue transversale. Faut qu’on les sorte de là. »

Alvar hocha la tête et remit son casque. Lui et Jude marchèrent vers le croisement, barré par deux fourgons. Il y eut quelques appels de sommation, puis on tira une nouvelle grenade. Jude la renvoya au vol d’un coup de pied adroit et le projectile explosa derrière les véhicules.

« Je déteste la violence d’Etat, marmonna Alvar.

– T’as mal choisi ton pays d’adoption, alors, répliqua Jude.

– Je croyais que c’était la patrie des Droits de l’Homme.

– C’est bien ça. Des hommes. »

Alvar gronda, et Jude sourit. Toutes les émotions de la soirée bouillonnaient dans sa poitrine, elle réalisa qu’elle était contente d’avoir un exutoire, des agents sans visage ou déontologie. Se battre auprès d’un compagnon, même pour quelques minutes, lui fit plaisir. Pour autant, elle le prévint :

« Je suis blessée, je ne sais pas trop comment je vais me débrouiller.

– Tant que tu continues à repousser les lacrymo, ça devrait aller, » fit-il en abaissant sa visière.

Ils avancèrent, faisant fi des ordres de cessation. Deux fois encore, des grenades furent tirées. Jude les repoussa sans mal tout en calculant comment mettre les agents hors d’état de nuire sans les amocher trop sérieusement. La détonation suivante était celle d’un LBD, la balle passa en sifflant entre eux deux.

« Tu leur fais peur, dit Jude.

– S’ils savaient », ricana Alvar.

La balle suivante, cette fois issue d’une vraie arme à feu, atteignit Jude en pleine poitrine, elle eut la satisfaction de la voir rebondir. Elle attrapa celles qui suivirent de sa main gauche, protégeant ainsi Alvar, puis le poussa dans une encoignure. Ils échangèrent quelques signaux, tous deux rodés à la communication silencieuse, puis Jude s’élança contre le mur et courut sur la pierre, satisfaite de retrouver avec chaque seconde qui passait son agilité et sa force. D’autres balles rebondirent sur son corps, mais elle atteignit la nasse sans autre problème, et se laissa tomber derrière l’agent armé du LDB.

Elle le désarma avant qu’il ne puisse réagir et l’étourdit d’un coup sur la nuque. Elle s’occupa de trois autres agents sans encombre, mais le suivant, armé cette fois du lanceur de grenade, lui tira en pleine poitrine. Le choc fut tel que Jude perdit l’équilibre et tomba à plat ventre, entrainée par le poids de son bras.

Elle eut juste le temps de pivoter pour voir la crosse levée du lanceur.

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