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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 8

L’air était rempli de scintillements.

Jude inspira, sa première grosse inspiration depuis son retour. Elle se cramponna à la flèche de la coupole, observa les bosses et les creux du toit, trouva.

Aux pieds de la statue orientale se tenait l’apôtre, en tenue d’apparat, il attendait l’aube. Il avait Camille dans ses bras, qui se tenait trop immobile pour que ce soit naturel. Jude lâcha la flèche et se laissa glisser au bas de la coupole, se fondit dans les ombres. Quand Camille la vit, ses yeux s’agrandirent, ce fut sa seule réaction. Et pourtant, c’était assez pour Tom qui pivota. Quand il la reconnut, il grimaça.

« Comment t’as su ?

– J’ai eu de l’aide, admit Jude. Mais j’aurais fini par trouver, il n’y a que toi pour modifier la réalité comme ça. »

Tom poussa un soupir, se détourna, reprit sa veille du lever du soleil.

« Rentre chez toi.

– Tu as détruit mon chez moi en détruisant Zaar », indiqua-t-elle.

Elle fit un pas vers eux, Tom soupira.

« C’est vrai. Tu m’en vois navré. Je ne fais qu’accomplir la volonté.

– À d’autres. »

Tom prit Camille à bout de bras, la positionnant ainsi au-dessus du vide. Jude sentit son estomac se contracter. Un temps, Tom considéra l’enfant, qui ne lui rendit qu’un regard impassible. Même de là où elle était, Jude pouvait y voir, encore une fois, tout le cosmos qu’elle contenait.

« L’étoile du matin est en chemin, annonça Tom. Si j’étais toi, je m’en irais. »

Jude n’était plus qu’à quelques mètres. Tom reprit Camille contre lui et étendit le bras pour la dissuader d’approcher davantage.

« C’est la dernière fois que je te préviens, annonça-t-il. Rentre chez toi et oublie. Détourne-toi. Tu fais ça très bien. »

Jude refusa, la mâchoire crispée. Cette fois, Tom perdit patience.

« As-tu donc tant changé que le sort des autres t’importe à ce point ? Pourquoi ce mystère t’intéresse tant ? »

Dans son dos, Jude perçut l’approche de Thierry, qui émergea d’une porte dérobée. Il avait beau être apparu sans bruit, être resté dans l’ombre, Tom le repéra tout de suite et se fâcha.

« Tu l’auras voulu. »

Des manches de son manteau déferlèrent ses chiens qui se ruèrent sur Thierry. Jude eut juste le temps de s’interposer, les bras en croix pour le protéger.

« Abstiens-toi », implora-t-elle face à la meute hurlante.

Tom eut un ricanement.

« Je ne suis pas un séraphin, moi ! Les prières que tu connais ne feront pas le poids. Rentre chez toi ! »

Jude serra les dents, les entendit craquer sous l’effort.

« Qu’est-ce que tu veux ? implora-t-elle. Pourquoi c’est si important de détruire cette enfant ?

– Tu ne t’es jamais préoccupée des autres, pourquoi ce soudain intérêt ? Tu ne trompes personne ! »

Jude tomba à genoux, les chiens continuaient à se ruer sur sa volonté, arrachant des bouts à chaque passage, qu’ils jetaient ensuite au néant. De son arme, Thierry tirait sur ceux qui passaient à sa portée, sans effet.

« Je te connais ! criait Tom, pour couvrir les pleurs de Camille. Tu es le traître, l’infâme, tu l’as vendu pour trente pièces d’argent ! Et tu as répandu ton engeance comme un poison ! Alors va-t-en ! Et laisse-nous nous occuper du reste. »

Les mots étaient justes, ils distillaient des images trop vraies dans son esprit. C’était ainsi qu’allait l’histoire et, pendant longtemps, Jude n’avait rien fait pour corriger sa trajectoire. Traître elle était, traître elle devait rester.

Pourtant elle avait marché deux milles ans avec l’humanité après avoir perdu la sienne, deux milles ans qui l’avaient vue passer de la rage au désespoir, puis à l’apathie. Son désir de revanche s’était dissous quand elle avait fini par comprendre que les humains n’avaient pas besoin de son poison pour se détruire. Avec les siècles était venue la compréhension, sur le rôle qu’elle avait joué, sur le sacrifice qui s’était accompli en Galilée.

L’amour vint, iridescence qui enflammait chaque cellule. Jude attrapa le chien qui se ruait vers son visage et lui écartela les mâchoires jusqu’à ce que l’animal se fende entre ses doigts, pour finir par disparaître. Tom poussa un cri de douleur.

« Comment oses-tu ? explosa-t-il. De par la volonté, recule et abstiens-toi !

– Ça fait cinq siècles que je m’abstiens, trouve autre chose. »

Jude ne cherchait plus à lutter, elle voulait juste que le combat prenne fin. Elle se mit debout et observa Tom.

L'apôtre grimaça, son rictus le faisait ressembler aux chiens, qui avaient cessé leur attaque. Jude se savait en morceaux, mais n’y prêtait guère attention.

Dans son dos, il y eut une déflagration, celle d’un atome qui se brise, elle fut projetée vers l’avant, parvint à planter ses doigts dans la pierre et attrapa Thierry par le mollet quand il passa au-dessus de sa tête. Les chiens se dissolvaient dans l’air sans même une plainte.

Au-dessus de la coupole, le séraphin du trône apparut, l’or de ses roues plus étincelant encore, rendant la menace de l’étoile du matin bien moindre en comparaison.

Suspendue dans le vide, entraînée par le poids de Thierry qui hurlait toujours, Jude se demanda comment Tom allait se sortir de là.

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