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Une Nuit dans la longue vie de Jude Satorascii

Episode 7

Thierry dégaina son arme de service, soudain couvert de sueur.

« Qu’est-ce qui se passe ? siffla-t-il, la mettant en joue.

– Qu’est-ce qui se passe ? » répéta Jude en écho, plus intéressée par ce qui se jouait dans son esprit tourmenté que par sa tentative d’intimidation.

Thierry passa la langue sur ses lèvres.

« Je peux pas…je sais que t’as raison, mais quand j’y pense… »

Il cria, un mélange de frustration et de douleur, puis porta la main à son front.

« Ça fait mal… »

Jude approcha et posa ses long doigts sur sa poitrine, ralentit les battements de son cœur, puis ouvrit le col de sa chemise. Quand il s’écarta pour boire à l’évier, elle récupéra l’arme.

« Qu’est-ce que tu espérais faire avec ça ? »

Thierry gronda, passa de l’eau sur son visage. La première vague de panique avait reflué, Jude devinait que la douleur mentale se faisait moins pressante.

« Pourquoi je me souviens pas ? murmura Thierry. Je vois le couloir, je vois l’ascenseur, je vois ta porte ! Alors pourquoi… »

Cette fois, le grognement qui suivit exprimait l’agacement, il allait mieux. Jude ouvrit le chargeur, reconnut l’odeur du métal.

« Des balles d’argent ? »

Thierry se laissa tomber au sol, appuya ses bras sur ses genoux.

« J’ai lu que ça pouvait aussi marcher pour les vampires.

– Je ne suis pas un vampire. »

Il fronça les sourcils.

« Je t’ai vu boire du sang, Jude. »

Il tendit la main pour récupérer son arme, elle ne fit pas mine d’obtempérer, il prit une expression gênée.

« C’est pas pour toi, admit-il, mais pour ceux qui traînent avec toi, et qui sont beaucoup moins sympas.

– S’ils traînent avec moi, ils ne te toucheront pas. »

Elle lui rendit enfin son arme, qu’il vérifia de manière automatique.

« Qu’est-ce qui se passe ? répéta-t-il. Pourquoi je connais plus mes souvenirs ?

– Je ne sais pas, admit June. Rien n’a de sens ce soir. Je rentre du front et tout part en vrille. »

Elle l’aida à se mettre debout. Il mit quelques secondes à retrouver son équilibre.

« Pourquoi je me souviens pas de ton immeuble ? insista-t-il. Qui peut modifier mes pensées comme ça ? »

La réponse vint, trop brusque et trop éphémère pour que Jude puisse la saisir au vol, car un autre événement se produisit.

Une brève lueur, au-dessus du canapé-lit, puis une plume d’or et d’étoiles apparut, flottant à hauteur de leurs visages.

« Jude ? » appela Thierry, la voix soudain fluette.

Il se détourna aussitôt, se cacha les yeux.

Jude ne cilla pas, hypnotisée par le phénomène. Les deux vexilles scintillaient avec grâce, semblables aux éruptions solaires. Les barbes murmuraient entre elles, échangeant des messages aussi vieux que la Terre, résonnant du chœur des anges.

« On nous appelle, comprit-elle.

– Quoi ? »

La lumière remplissait à présent toute la pièce, aveuglante, terrifiante. Il n’y avait pas à résister. Jude le saisit par le creux des bras et le redressa.

« Tu me fais confiance ?

– Non », murmura Thierry, se tortillant pour échapper à sa poigne.

La lumière était trop forte, elle finirait par le tuer. Jude n’avait pas le temps de le convaincre.

« Alors, tu me pardonneras », fit-elle en tendant la main.

Ses doigts se refermèrent sur la plume.

Le cri déchira la nuit, crissa sur la fabrique de l’univers, les lumières se fondirent en un tourbillon, Thierry hurla dans le vide, le corps étiré à l’infini.

Jude absorba le choc, puis reconnut la pierre du Palais de Justice. Elle lâcha Thierry, qui s’appuya contre le mur pour vider son estomac, et contempla le corps éparpillé sur les marches. Remplie de chagrin, incapable de pleurer, Jude s’accroupit et ramassa la tête de Zaar, la tint au creux de ses paumes.

« Pardon, Jude, murmura-t-il. Je te jure, j’ai essayé…

– Je sais, rassura-t-elle en replaçant une mèche de cheveux.

– Il est trop fort…

– C’est de ma faute.

– La petite fille, elle est gentille, elle m’a chanté une chanson... Jude ?

– Dis-moi.

– Tu crois que j’ai une chance…je veux dire, est-ce que ça compte ? »

Jude retint la première réponse qui lui vint, parce qu’elle réalisa au moment de parler qu’une partie de son être gardait espoir, tout comme Zaar.

« Peut-être, souffla-t-elle. J’aimerais vraiment. Dors maintenant. »

Zaar ferma les yeux, Jude récupéra son dernier souffle puis appuya ses lèvres sur son front.

« Que la grâce qui m’a été refusée lui soit accordée, implora-t-elle. Laissez-le rentrer. »

La tête de Zaar perdit ses dernières couleurs et s’écoula en fine poussière entre ses doigts. Les os s’envolèrent, le sang sécha. Quelques soupirs, puis il ne resta plus rien de Zaar.

« Il est mort ? demanda Thierry, la voix pâle.

– Il était déjà mort, il était juste bloqué ici, comme tous les autres. »

Jude se releva, passa une main sur sa joue et y trouva une larme. Interloquée, elle fixa la goutte écarlate accrochée à son doigt, puis comprit, et le venin vint, incandescent.

« Je ne te demande pas de venir, indiqua-t-elle en montant les marches.

– Quoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Tous deux émergèrent dans la salle des pas perdus.

« J’ai été stupide, rentre chez toi. »

Thierry carra les épaules, ressortit son arme.

« Si c’est un autre vampire, je suis prêt.

– Je ne sais même pas dans quoi on s’embarque.

– J’ai pas besoin de savoir, contra-t-il, rendu résolu par l’adrénaline qui envahissait son système. Dis-moi juste ce que je peux faire. »

Jude leva la tête, laissa son esprit envahir les corridors et les salles du Palais, traquant le moindre frémissement.

« Retrouve-moi sur la coupole, je n’ai pas le temps de t’attendre. Et dès que tu as l’occasion de t’enfuir avec l’enfant, fais-le sans te retourner. »

Thierry promit d’un hochement de tête et courut vers l’un des escaliers, commença son ascension. Jude bondit vers la voûte.

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