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Santé !

Episode 6

L’enfant manquant

Le temps du repos a pris fin. Après avoir vérifié que chacun de mes enfants, reclu dans une chambre bien rangée, s’instruisait correctement sur des sujets adaptés à leur âge, je peux enfin me lancer dans mes recherches.

Me voici dans une immense bibliothèque boisée. Les étagères succèdent aux étagères sur plusieurs couloirs. Ce lieu, reflet de mon âme, est le seul où je me sens réellement heureux.

Bien que je ne m'y rende que rarement, je connais ces rayons aussi bien que mon asile. Je pourrais fermer les yeux alors que je me dirige vers un petit meuble. Là, différents dossiers se succèdent, je saisis sans hésiter l'un d'eux, aussi noir et sobre que tous ses congénères.

Je l'emporte jusqu'à une table avoisinante et, serein, conscient de la marche à suivre, je m'y assieds. Si je m'en tiens à mon plan, rien ne pourra m'arriver.

J'ouvre le dossier. Les feuilles, classées par ordre chronologique, repérées par un entête d'une précision chirurgicale, défilent entre mes doigts. Je trouve tout de suite les papiers de mes enfants. Pourquoi avoir choisi de copier ces papiers-là plutôt que ceux de l'un de mes patients mineurs décédés ? Tout simplement car je suis certain que l'état civil de ma propre progéniture est parfaitement en règle. De plus, je n'ai pas la place de garder les papiers de mes anciens patients. Les cendres de cette paperasse ornent l’antre de ma cheminée.

Je fronce les sourcils. Je recompte les papiers, une fois, deux fois, trois fois. Il n’y en a que deux. À nouveau, les palpitations de la panique enserrent mon cœur. Ça n'est pas possible ! Ma femme a dû se permettre l'inadmissible, fouiller mes affaires et vouloir s'occuper d'administration.

La colère bouillonnant dans mon esprit, je sépare à présent tous ces documents en trois tas, un par enfant. Réginald, Amber, Amber, Réginald…

Je dois me rendre à l'évidence : il n'y a que deux tas. L'incompréhension chasse la colère. Je tente un instant de la faire disparaître, mais rien n'y fait. Cette succession d'émotions qui se succèdent et se bousculent dans mon esprit, aliénant une partie de mes capacités de réflexion, m'affaiblit. Je n'avais jamais connu cela avant l'apparition des seize imposteurs dans mon asile et autour. Ces deux événements seraient-ils liés ?

Aucun document ne vient prouver l'existence en ce monde d'Algernon. Pourtant, je me souviens l'infirmière rayonnante qui est venue me le présenter à la naissance, je me souviens de son visage aussi joufflu que celui de sa mère, de ses premiers mots, des premières sanctions que je lui ai administrées... Je revois tous ces moments comme si c'était hier.

Je serre les poings, enragé par cette trahison de mon propre cerveau, cette faiblesse que je ne saurais tolérer.. Les sœurs démentes ont osé venir implanter le Mal jusque dans ma propre boîte crânienne, altérant ma mémoire. Je me lève et, sous la violence de ce geste, la chaise racle contre le plancher.

Je n'ai cependant pas le temps de traiter le cas d'Algernon pour l'instant. Il faut que je m'occupe de Fenny et de Fynn, de Donald et de Jeff. Lorsque j'en aurai fini avec eux, je partirai à la recherche des autres imposteurs.

Je pars après la fin de ma semaine. D'un pas presque militaire, je rejoins la gare. Malgré toute l'agitation, qui a dû mettre mon cerveau sens dessus dessous, je n'oublie aucun détail des papiers que j'étais venu observer. Le sort de Fynn sera bientôt réglé.

Par curiosité, et par soucis des on-dit qui pourraient courir sur mon asile, j'achète un journal. Je le lirai pendant le trajet de retour dans mon asile.

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