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Santé !

Episode 10

Les conséquences

Je range mes instruments dans ma trousse et la dépose sur l'une des tables de ce paradis immaculé, de ce havre où je me sens en sécurité. Après la révolte de cette nuit, j'ai dû réparer trois patients, traumatisés par les événements. Ce dernier ne survivra sans doute pas. Tant pis pour lui. Ce monde complexe ne laisse que très peu de place pour les êtres de moindre importance.

Laissant aux infirmières le soin de remonter ce patient dans sa cellule et de lui administrer les soins nécessaires, je remonte, seul, l'imposant escalier qui me rendra à la lumière du jour.

Lorsque je croise des subalternes au détour d'une marche, elles interrompent leur avancée et me fixent avec un regard terrorisé. Je fronce les sourcils.

« Eh bien, qu'est-ce que vous attendez, paresseuses ? Ce sont vos activités nocturnes, qui vous ont fatiguées ? Allez, au boulot ! Sinon, je vous licencie ! »

Honteuses, elles baissent la tête et dansent d'un pied sur l'autre. Enfin, la plus jeune des deux, une fille trop grande au visage quelconque, ose bégayer :

« Mais... Docteur Whitetown... Il y a quelqu'un dans votre bureau... Et... Il vous attend... Il nous a dit de vous dire que vous deviez venir... Sur le champ... »

Ce dernier battement de mon cœur résonne bien trop fort dans ma cage thoracique. La terreur, il me semble. Je peux ajouter cette émotion à la collection qui a débuté il y a peu.

Je n'accorde plus aucun regard, plus aucune parole à ces deux gourgandines qui, encombrantes et inutiles, se tiennent au milieu de mon chemin. Je passe en trombe.

Les mains moites, le dos parcouru de frissons gelés, je pousse avec appréhension la porte de mon bureau. J'avance lentement, pas après pas, et je rechigne à lever les yeux vers la cruelle réalité.

L'inspecteur, celui-là même qui m'avait posé un ultimatum, celui-là même qui m'avait ordonné de m'inspirer des méthodes de Fenny la béotienne et de lui offrir une promotion, se tient face à moi, de l'autre côté de mon bureau. Il a poussé l'orgueil jusqu'à s'asseoir à ma place, dans mon fauteuil et, lui aussi nimbé de l'auréole royale du soleil, il me fixe, sévère.

« Avancez donc, monsieur Whitetown, n'hésitez pas à prendre un siège. »

Je serre les poings, contenant ma hargne et mon humiliation. J'ai beau chercher du regard, je ne trouve dans la pièce aucun siège avec dossier. Pris à mon propre piège, je me contente d'un tabouret pour faire face à ce prédateur. Je plonge dans le mutisme le plus complet en attendant qu'il me révèle la nouvelle qui l'amène, dont j'ai déjà deviné la nature.

Ce vautour s'amuse à faire durer ce silence qui me torture. Enfin, de sa voix inhumaine il m'annonce :

« Monsieur Whitetown, au vu des événements qui ont secoué votre établissement, nous ne pouvons plus vous en laisser la direction. À partir de maintenant, vous ne serez plus en charge de cet asile. Nous le transférons à l'un de vos collègues, plus compétent. Cependant, en regard du taux relativement bas de mortalité après vos opérations et du soin que vous apportez à l'hygiène, nous ne vous radions pas de l’ordre des psycho-chirurgiens.

Nous vous laissons jusqu'à ce soir pour faire vos valises et quitter vos appartements de fonction.

Vous m'avez bien compris, monsieur Whitetown ? »

Je n’eus que la force d’acquiescer.

« Dans ce cas, au revoir. Je vous souhaite bonne chance pour votre prochain poste. »

Il se lève et me tend une main que je répugne à serrer. Pourtant, je me plie à contrecœur à cette politesse hypocrite. Enfin, je peux quitter la pièce, la mort dans l'âme.

Tel un automate je me rends dans mes quartiers de fonction sans rien remarquer de leur âme ou de leur apparence. Sans plus penser à tout ce qui m'occupait l'esprit ces dernières semaines, j'entasse mes effets personnels dans quelques vulgaires valises. Je les prends sans rien regarder autour de moi et, déjà, je me retrouve de l'autre côté de la majestueuse porte de fer forgé.

Ce n'est qu'à ce moment, lorsque le battant se referme derrière moi, que je trouve la force de refaire surface.

Non, je ne baisserai pas les bras. Même sans asile, je continuerai à pourchasser les quatorze êtres à l’origine de tout mon trouble.

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