la maison d'édition de séries littéraires

Restez chez vous !

Episode 8

La rue était inerte et muette. Le silence serait mon meilleur allié : si un véhicule arrivait, j’aurais tout le temps de me cacher sous un porche. Je tenais à finir ma nuit ailleurs qu’au poste de police…

Le premier quart d’heure de mon trajet se passa bien. J’arrivai alors sur le boulevard que je devais traverser : je ne pouvais pas y échapper si je voulais changer d’arrondissement. C’était tellement bien éclairé que si par malheur une patrouille me trouvait là, je pouvais dire adieu à ma nuit chez Clara. Relevant le col de mon manteau, je décidai de traverser en dehors du passage clouté et en courant. Si j’étais repéré, je ne m’arrêterais pas.

« Hé ! Vous, là-bas ! »

Merde. Un coup d’œil rapide me révéla trois flics de l’autre côté du carrefour. Ils traversaient en sens inverse. Je n’avais jamais eu affaire à la police – du moins, en tant que contrevenant. Je m’étais fait cambrioler une fois, mais ça ne comptait pas. Je ne fréquentais pas les manif, sauf exception, quand la police était du côté du peuple comme pour Charlie. Bref, je n’avais aucune expérience d’opposition aux forces de l’ordre… Il était temps de savoir si trois flics couraient plus vite qu’un honnête citoyen.

Je me lançai aussi vite que possible en direction du trottoir opposé, puis je zigzaguai pour rejoindre la perpendiculaire au boulevard, plus sombre.

« Police ! Arrêtez-vous ! »

Six semelles de rangers se lancèrent à ma poursuite. Sans me retourner, je m’engouffrai dans la rue que j’avais repérée, et je tournai plusieurs fois en espérant les semer. Je trouvai finalement un immeuble avec un renfoncement d’accès à un garage.

L’endroit était mal éclairé. Sans hésiter, j’entrai dans le renfoncement, me plaquai dos au mur et retins ma respiration. J’avais la chance d’être plus fin que le président du Sénat : les flics ne pourraient me repérer qu’à condition de passer juste devant moi.

Ils se rapprochèrent. Le volume de leurs voix ne me laissait aucun doute. Ils étaient là. J’étais foutu.

« Regarde par là ! »

Deux paires de rangers s’éloignèrent. La dernière arrivait vers moi. Et bientôt je le vis, un grand flic d’une cinquantaine d’années avec un béret, qui courait en regardant droit devant lui sur le trottoir d’en face. Il me dépassa et poursuivit sa course. J’étais sauvé… Pour le moment. S’il repassait en sens inverse, il me verrait, c’était forcé.

J’attendis qu’il ait parcouru une dizaine de mètres pour venir m’accoler au mur opposé, à pas de loup. Je l’entendis arrêter sa course. Dans un moment de désespoir, je priai pour qu’il ne m’ait pas repéré…

Il revint sur ses pas en marchant. Il semblait tout proche. J’entendais son souffle. Il passa enfin un mètre devant moi. J’étais statufié. Il ne s’arrêta pas.

Il semblait scruter les entrées de garage mais par miracle, ne vérifia pas le renfoncement dans lequel j’étais. Il poursuivit son chemin et quitta la rue.

Un silence absolu renveloppa le quartier, tandis que mon cœur battait à me muscler les pectoraux. Je n’osais pas encore bouger une phalange… Mais c’était certain, les trois flics étaient partis.

Je repris alors ma route avec une prudence infinie, en respirant calmement pour me remettre de mes émotions. Vers trois heures, j’arrivai à l’adresse indiquée par Clara. Le digicode fonctionna du premier coup. Une fois dans le hall, je marquai une pause pour reprendre le contrôle de mes nerfs. J’avais surmonté l’épreuve !

Son appartement était au quatrième. Je pris l’escalier, reconnus son nom sur la sonnette et frappai.

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter