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Restez chez vous !

Episode 63

Maïwenn arriva la première, avec une montagne de croissants croustillants.

« Le boulanger m’a demandé si t’allais bien, me dit-elle. Je lui ai dit que c’était pour toi, les croissants. Il en a mis deux de plus et m’a pas laissé payer.

– On s’est pas battus pour rien. »

Elle mangea un peu avec moi, me borda comme si j’étais l’amour de sa vie, trouva les mots pour apaiser les douleurs qui renaissaient partout sur mon corps, à cause de la diminution des doses d’analgésiques. Elle était parfaite, je ne voyais aucune pitié dans son amour. Je faillis lui dire “je t’aime”.

On frappa à la porte. Sans attendre ma réponse, Clara entra. Tant de choses s’étaient produites dans ma vie depuis notre dernière rencontre que je crus redécouvrir son visage. De son côté, elle réprima une grimace imperceptible en me voyant alité, diminué, le visage boursouflé par les blessures. Elle me prit la main.

« Oh la la ! dit-elle. Ta mère m’a raconté, je… Je suis passée acheter des chocolats, et je suis venue direct. »

Elle déposa sur la table de nuit un très joli paquet de chocolats fins. Maïwenn sourit et nous dit simplement :

« Je vais vous laisser, c’est mieux… Je vais marcher un peu dans le jardin. »

Elle n’avait jamais vu Clara, pas même en photo, mais elle l’avait reconnue. Je trouvai sa réaction pleine de sensibilité et de grâce : elle respectait ma liberté, s’éclipsait par égard pour mes sentiments passés. Sans m’en rendre compte, je lui adressai un sourire amoureux. Elle sortit.

Clara avait déjà lâché ma main. Elle me demanda comment je me sentais, où je souffrais le plus… Et après ces banalités, elle lâcha :

« Mais pourquoi t’es allé à cette manif ? C’est tous des tarés… »

Ce que je répliquai n’a aucune importance. Ce qui importe, c’est qu’à ce moment, je compris que Clara n’était plus faite pour moi. Je n’avais plus aucune raison de courir après notre passé. Elle avait changé. Ou plutôt, moi, j’avais changé.

Elle n’avait rien retenu de cette crise ; elle semblait n’attendre qu’un retour à la normale, c’était la limite de son imaginaire. Tandis que moi, j’essayais de saisir depuis des mois l’occasion d’un bouleversement du monde. C’était le grand écart. Impossible de se remettre ensemble. Elle ne semblait pas y tenir, de toute façon.

Maïwenn était merveilleuse, et j’y songeai en silence, sourire aux lèvres, pendant cette séance d’adieux.

Je me demandai aussi si les miliciens avaient voulu me tuer. S’agissait-il d’un accord secret au sein de la SS, entre la police et l’extrême-droite, du genre “Frappez les militants tant que vous voudrez, mais pas de blessures létales” ? C’était l’hypothèse troublante que les mots volés à Maïwenn sur son téléphone semblaient appuyer.

Il était clair en tout cas que le pouvoir avait délibérément nassé la manifestation pour empêcher le cortège d’atteindre sa destination. Le président voulait sans doute montrer son autorité, bander les muscles après plusieurs mois d’absence, de sorte que les défenseurs de l’ultra-capitalisme cimentent leurs forces autour de lui. Mais jusqu’où était-il prêt à aller ? À force de s’allier tacitement à l’extrême-droite, en se posant comme seul recours, en empêchant toute autre forme d’opposition de s’exprimer, n’allait-il pas perdre son pari et la faire triompher ?

Ma participation à cette grève, en tout cas, était finie. Blessé au combat, je devais me reposer et rééduquer mon œil. Mais ma lutte continuerait, c’était certain. Elle était en moi. J’y avais trouvé le sens qui manquait à ma vie depuis toujours. Il ne s’agissait pas de déclarer la guerre ou de courir après la gloire : la lutte était là, simplement, et je ne pouvais plus y échapper.

« T’es sûr que tu veux pas un chocolat ? Ils sont bons.

– Non Clara, vraiment, merci. »

***

Le mot de fin de l’auteur :

Ce roman a été écrit comme on fait un petit cadeau, dans le seul but de donner du plaisir à ses

lecteurs. Je n’ai rien à vendre. La seule façon de me remercier, c’est de m’envoyer un message à

[email protected] . Vous me ferez un très grand plaisir et m’encouragerez à poursuivre dans la

voie de l’écriture - peut-être même écrirai-je une suite à cette histoire, s’il y a un public. Merci !

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