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Restez chez vous !

Episode 62

Je me réveillai à l’hôpital, huit heures plus tard. Des instantanés saccadés se mêlaient dans ma tête : des médecins de rues, des pompiers, une ambulance, une rivière de sang, Maïwenn désespérée qui tentait de me rassurer entre ses pleurs, des urgentistes épongeant mon visage, une chirurgienne, des gouttes dans mes yeux, un masque d’anesthésie sur mon nez et ma bouche… Et plus rien.

Je flottai quelques minutes encore puis j’appelai à l’aide, incapable d’esquisser le moindre mouvement, engourdi par les sédatifs. L’infirmière de la salle de réveil vint me parler avec douceur. En la regardant d’un seul œil, je compris que l’autre était recouvert d’un énorme pansement.

« S’il vous plaît, madame… Qu’est-ce que j’ai ?

– Vous avez été bien soigné, tout va bien. »

Son sourire bienveillant ne me rassura pas. Mais je n’étais pas en état d’insister. Je perdis à nouveau connaissance.

Un peu plus tard, nouveau réveil, dans une chambre cette fois. J’entendis la voix de Maïwenn, qui téléphonait près de moi :

« Non, je suis sûre que s’ils l’avaient voulu, ils l’auraient tué. Peut-être que c’était un deal avec la police, je sais pas. C’est dingue, oui. En plus… »

Elle se retourna et s’arrêta net de parler en voyant que j’avais ouvert les yeux – un seul, pour être précis.

« Oh, enfin ! »

Elle posa le téléphone sans même clore la conversation et me prit la main avec une tendresse infinie. J’esquissai un sourire qui, immédiatement, fut bloqué par les pansements sur mon visage.

« Ça va ? Tu as besoin de quelque chose ?

– Non, non. »

Quand revint ma lucidité, je m’inquiétai d’elle – elle me dit qu’elle n’avait rien – de ma propre santé et du devenir de Mahdi et de Nausicaa. Elle refusa de me livrer des réponses précises, comme si tout allait très bien.

L’équipe médicale ne tarda pas à entrer pour faire le point : un médecin déclara que j’étais arrivé dans un état très inquiétant et qu’ils s’étaient bien occupés de moi. Je m’en sortais avec un traumatisme de l’oreille externe, une vertèbre fracturée, deux côtés fêlées, et d’anecdotiques hématomes, entorses et déplacements osseux. Tout cela était “d’évolution favorable”, selon ses propres mots. Puis, la chirurgienne ophtalmologiste prit la parole :

« Votre œil gauche a pris un coup très sévère. Vous n’allez pas perdre la vue, on a pu le sauver… Mais il a perdu une très grande partie de sa mobilité. Il faudra faire beaucoup de rééducation pour en retrouver une partie. »

Maïwenn était prostrée dans une attitude d’angoisse, les ongles plantés dans le visage. Je ne l’avais jamais vu aussi tendue.

« Ça va… Ça va aller », dis-je pour la rassurer.

Elle me sourit, les yeux humides, et serra très fort ma main. Moi-même, j’étais partagé par l’annonce des médecins. Je m’attendais à pire, mais j’aurais préféré m’en sortir indemne, évidemment… En fait, il était trop tôt pour me rendre compte des séquelles que ces blessures impliquaient.

Quand les blouses blanches quittèrent la salle, je demandai à Maïwenn :

« Alors, Nausicaa ? Et Mahdi ? »

Elle ne chercha plus à gagner du temps.

« Nausicaa va bien, elle a presque rien. Elle est déjà chez elle. Mahdi… C’est plus compliqué.

– Ça veut dire quoi ?

– Ils ont vraiment essayé de le tuer. Il a perdu beaucoup de sang et il est toujours au bloc… Je sais pas s’il va s’en sortir. En tout cas…

– Oui ?

– Il est défiguré. »

J’encaissai la nouvelle avec consternation.

Maïwenn s’occupa de moi toute la soirée. J’étais très réconforté de l’avoir à mes côtés. Mes parents vinrent aussi me rendre visite et échangèrent quelques mots avec elle. La nuit venue, ils durent tous me quitter sur ordre des infirmières.

« Je reviens demain matin, me promit Maïwenn. Avec des croissants de notre boulangerie, d’accord ?

– Merci. »

Elle m’embrassa à pleine bouche, devant ma mère décontenancée, et me quitta avec un regard formidable.

Un peu plus tard, après le départ de mes parents, je reçus un texto de Clara.

J’ai appris ce qui t’est arrivé. C’est horrible ! Ta mère m’a donné l’adresse, je viens demain.

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