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Restez chez vous !

Episode 60

Tombé à terre, je sentis immédiatement le poids de trois ou quatre personnes sur moi. J’essayai de me relever, tant bien que mal, mais tous mes appuis étaient fuyants : je ne faisais que poser les mains sur d’autres corps qui se débattaient, me déséquilibraient. Bientôt, un dos tomba sur mon visage et le ciel disparut. Dans l’obscurité, je tâtonnai pour remonter à la surface… L’air commençait à manquer. Je paniquai.

« On reste calmes ! On se relève tranquillement ! Ça va aller ! » hurla une voix dans la cohue, et j’essayai de me raccrocher à l’espoir que l’auteur de cet appel était encore debout.

Le camarade qui m’était tombé dessus parvint finalement à se relever et me tendit le bras pour m’aider à faire de même. Nausicaa était debout derrière moi ; je la vis se tenir le coude en grimaçant.

« Ça va ? lui demandai-je.

– Oui, mais le gars m’a écrasé, là…

– Fais voir. »

Le bras de Nausicaa n’était pas tordu. C’était rassurant. Moi, en revanche, je compris que je m’étais méchamment froissé la cheville en basculant vers l’arrière…

« On fait de la place sur les côtés ! On recule vers les rues perpendiculaires, calmement ! »

Au mégaphone, les organisateurs disaient exactement ce qu’il fallait pour rétablir l’ordre. Progressivement, chacun se releva… Certains étaient encore enfouis sous plusieurs personnes et je craignais que cette bousculade n’ait des conséquences dramatiques. Je fus très soulagé d’apercevoir Maïwenn et de pouvoir l’aider à se remettre debout. Elle n’avait rien, par chance. Tout près d’elle, une jeune fille évanouie gisait sur le sol.

« Faites de la place, s’il vous plaît ! Laissez-la respirer !

– Reculez ! Reculez ! »

Je donnai moi aussi de la voix pour tenter d’établir un périmètre de sécurité. Deux médecins de rue déboulèrent pour intervenir. Ma cheville me faisait souffrir à chaque pas, surtout dans ces conditions où il fallait de bons appuis pour résister à la foule.

Alors que tout semblait s’arranger, des tirs résonnèrent à l’avant du cortège. Il s’agissait de grenades de désencerclement, à en juger par les explosions sourdes et les cris qu’elles provoquèrent immédiatement.

« Mais ils sont malades ! » s’exclama Maïwenn.

Effectivement, l’utilisation de ces armes contre un cortège très dense, arrêté dans une avenue semblait absurde, pour ne pas dire criminelle… Nous étions trop loin pour subir les effets des explosions, mais nous comprîmes que l’avant de la manifestation était victime d’une tentative de dispersion.

« On essaye d’évacuer sur les côtés, s’il vous plaît ! Calmement ! »

Je parvins à attraper la main de Maïwenn et à l’emmener dans une rue perpendiculaire à l’avenue. Derrière nous sifflaient maintenant des grenades lacrymogènes propulsées comme des fusées. Mais notre fuite fut arrêtée au milieu de la rue par des barrières et des camions de police qui la barraient.

« Mais laissez-nous sortir ! cria Maïwenn à un groupe de CRS dissimulés derrière des casques et des boucliers. Y a des gens au sol, ils sont blessés !

– Vous voulez quoi ? Qu’ils meurent ? »

Autant parler à un mur. Les agents tenaient fermement leur position sans prendre la peine de nous répondre. Je posai alors la main sur une barrière pour tenter de la pousser : elle fut immédiatement écrasée d’un coup de matraque, tandis qu’un autre policier parvint à me frapper le tibia d’un coup de ranger entre deux barreaux. Je tombai, vaincu, le revers de la main en sang. Nous étions nassés et ils comptaient nous réprimer sans pitié.

Tandis que Maïwenn tentait de me secourir, désemparée, les premières âpretés de gaz lacrymogènes montèrent à mes narines.

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