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Restez chez vous !

Episode 52

Quelle nuit ! Maïwenn m’avait revigoré. Dans ses bras, j’avais totalement oublié mes états d’âme. Pour la remercier de la joie de vivre qu’elle m’apportait – et par gourmandise – je descendis acheter des croissants et mon boulanger, qui adorait mes interventions télévisées, me choisit les plus croustillants.

Je bus plusieurs cafés avec Maïwenn en parlant de la colère sociale et de l’avenir. J’évoquai mon idée de grève générale ; elle trouva mes arguments intéressants et me dit :

« Faudrait demander à Nausicaa ce qu’elle en pense…

– Complètement.

– Je l’appelle. »

Avant que je n’aie le temps de finir mon croissant, Maïwenn posa devant moi son téléphone. Elle appelait Nausicaa, qui ne tarda pas à apparaître à l’écran.

« Salut Maïw… Tiens ! Qu’est-ce que tu fais là, toi ? »

Hors-champ, Maïwenn me souriait, espiègle, en enfilant un chemisier, tandis qu’à l’écran, je me retrouvai forcé de répondre.

« Salut Nausicaa ! Euh, oui, je suis avec Maïwenn, on prenait un café…

– Ah, c’est marrant. »

Elle avait tout compris. Elle ne montra aucune surprise quand Maïwenn s’assit tout contre moi. Pour être franc, j’étais moi-même très à l’aise. Je leur faisais totalement confiance, à toutes les deux. Ça resterait entre nous.

Nausicaa confirma mon intuition concernant la grève générale. Elle nous apprit que l’idée était discrètement débattue par les forces politiques, syndicales et militantes de notre camp, depuis quelques jours. Il y avait effectivement des raisons de croire que la grève pourrait prendre. Nausicaa, qui avait toujours un coup d’avance, m’en cita quelques-unes que je ne soupçonnais pas.

« Le gouvernement est coincé, nous dit-elle, entre les SS qui veulent tout fermer et nous reconfiner, et le MEDEF qui demande une reprise totale de l’activité, sans sécurité sanitaire, voire sans le respect des normes environnementales en vigueur. Si on fait grève et qu’on est dans la rue, on les emmerde sur les deux fronts. Et on va faire exploser leurs contradictions…

– Fini “l’en même temps”, dit Maïwenn.

– C’est ça. Un autre truc qui est hyper encourageant, c’est les Infiltrés.

– C’est quoi ?

– Des cadres sup’, diplômés de grandes écoles qui se réunissent pour marquer leur opposition au gouvernement. Ils sont sur la même ligne que nous, sociale et environnementale, en rupture avec leur classe et de plus en plus nombreux. Ils ont promis de nous aider en finançant des caisses de grève avec leurs salaires, pendant qu’ils feront eux-mêmes une grève du zèle, chez eux, parce qu’ils sont tous en télétravail. S’ils lèvent le pied, la grève générale sera vraiment générale.

– Énorme ! Des privilégiés qui feraient grève avec nous ?

– Oui. Ce serait quasiment inédit dans l’histoire des luttes sociales… J’espère qu’ils iront au bout. »

Tout cela me semblait exaltant. Je me sentais si bien avec Maïwenn à mes côtés, Nausicaa avec nous par messagerie, et ces projets de révolution… Évidemment, le grand soir, je n’y croyais qu’un peu ; les forces conservatrices restaient infiniment plus puissantes que nous, et elles résisteraient jusqu’à leur dernier souffle… Mais je me sentais fort. Utile. Vivant.

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