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Restez chez vous !

Episode 43

Je rentrai à Paris dépité par le désastre de ces vacances, mais étrangement soulagé de retrouver mon studio, ma solitude et ce maudit canapé-lit.

Pour éviter de ressasser, je prévins immédiatement Nausicaa de mon retour et elle m’informa des récents travaux des Immortels. Certains avaient profité du mois d’août pour quitter Paris mais la réunion hebdomadaire à l’Homme bleu était maintenue – et d’ailleurs, le local reprenait des couleurs car plusieurs membres avaient commencé à le rénover. J’y retrouvai plusieurs camarades et participai à la réhabilitation du lieu. Quelle joie de passer du temps avec eux !

Certains me considéraient toujours comme un petit héros depuis que j’avais accusé le journaliste de BFM TV d’être complètement binaire. Et puis il y avait une légèreté nouvelle dans l’air, à la faveur du confinement et du dépeuplement estival. Même les miliciens semblaient avoir disparus. Au bonheur de ces retrouvailles, il ne manquait que Maïwenn. J’espérais qu’elle n’avait pas quitté Paris avec un amant.

Nausicaa me confia des missions de recherche documentaire sur les conséquences du virus. Travailler avec elle était très agréable, infiniment plus intéressant qu’avec mes clients. Ce n’était pas rémunéré, certes, mais c’était gratifiant : j’apprenais des choses, je me sentais indispensable – ce qui ne m’était jamais arrivé dans mon travail. L’État continuait de me verser un pécule pour compenser la désintégration de mon chiffre d’affaires, comme s’il organisait sans l’avouer une expérimentation du revenu universel, que je trouvais très réussie, d’ailleurs.

La dernière idée de Nausicaa consistait à rassembler un maximum de faits sur l’impact écologique du virus. Car s’il était démontré que ce dernier avait pour cause la destruction des habitats naturels de certains animaux sauvages, les scientifiques commençaient aussi à s’émerveiller de ses conséquences écologiques. Autrement dit, notre manque d’écologie avait provoqué la pandémie, et la pandémie nous menait à notre insu vers davantage d’écologie.

J’étais assez dérouté, au départ, par cette quête du cercle vertueux. J’avais l’impression de devoir prouver à tout prix que le virus avait de bons côtés… Ce qui ne cadrait pas avec les milliers de morts qu’on nous annonçait chaque jour depuis cinq mois. Pourtant, je découvris qu’en parallèle de ces drames humains, des naturalistes se réjouissaient d’une recrudescence historique d’espèces en voie de disparition ; certaines espèces avaient même été observées pour la première fois depuis des années et le lien avec la baisse de l’activité industrielle était établi.

En Inde, l’Himalaya avait surgi à l’horizon du Pendjab et des habitants de cinquante ans qui ne l’avaient jamais vu s’ébahissaient de l’effondrement de la pollution qui permettait ce miracle. Les émissions de gaz à effet de serre avaient baissé partout, atteignant pour la première fois des niveaux compatibles avec les objectifs de limitation du réchauffement climatique. Je trouvai quantité de publications sérieuses louant cet effet du virus.

Enfin, le nombre de décès causé par le virus était inférieur au nombre de décès évités grâce à la baisse de la pollution. Incrédule, je recoupai l’information et me rendis compte de l’ampleur de la manipulation médiatique qui consistait à nous faire croire que le virus était la pire chose au monde, alors que c’était juste un événement très visible, mais de moindre ampleur que d’autres drames.

« Tu crois qu’ils le savent, les journalistes ?

– Non, me dit Nausicaa. Enfin, ceux du Monde Diplomatique, si, mais pas ceux de la télé. Ils lisent juste des dépêches sans réfléchir…

– Mais, ils se posent pas plus de q-questions que ça ?

– Non. C’est vendeur, le virus. On peut compter les morts chaque jour, les gens adorent ça. Alors que la pollution, le réchauffement climatique… C’est trop diffus, trop complexe. Le virus, pour eux, c’est efficace. Comme un petit attentat : ça fait cinq morts, mais ça les excite plus qu’une guerre en Afrique qui en fait cent mille. »

Je trouvais Nausicaa brillante : elle avait l’air cynique, mais non. Elle était suffisamment cultivée pour décrire précisément la réalité, qui elle, était cynique. Et moi, je sentais que mes horizons de pensée s’ouvraient comme jamais auparavant.

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