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Restez chez vous !

Episode 41

La journée suivante commença sous de meilleurs auspices. Le village était pourvu d’un joli marché où l’on pouvait acheter quelques légumes, fromages et fruits d’été.

« Ah, j’adore ! me dit Clara. C’est tout petit, c’est trop sympa ! Le marché, c’est vraiment un truc de vacances, pour moi. Tu me prends des clémentines ?

– Mais elles viennent d’Argentine… Re-regarde, là, il y a de belles fraises normandes, p-pas chères, en plus !

– Mais j’aime pas, c’est des petites… Prends des clém ! »

A contrecœur, je dépensai mes derniers euros en clémentines du bout du monde pour faire plaisir à Clara. Nous décidâmes de déjeuner à la maison, ce qui m’épargna la peine de lui parler de mes problèmes d’argent. Je gagnais du temps, mais…

Dans l’après-midi, on prit la route de la mer.

« Tu crois que les plages sont ouvertes ?

– En p-principe, non. Mais avec un p-peu de chance, dans les petits v-villages… »

Erreur ! Partout, les forces de l’ordre patrouillaient à l’affût de touristes à verbaliser. Même dans les plus petites bourgades de la côte, Lion-sur-Mer, Langrune-sur-Mer, Saint-Aubin-sur-Mer, la police et les SS – Santé et Sécurité – foulaient le sable en rangers, minant tous nos espoirs de baignade.

La joie que nous avions de quitter Paris vingt-quatre heures plus tôt s’était totalement dissipée. Nous finîmes par descendre de voiture, maussades, pour marcher sur une promenade bétonnée où nous entendions au moins les vagues : maigre consolation. Et même là, au détour d’un bunker nazi, des SS nous apparurent. Un crève-cœur.

« Je suis d-désolé… J’aurais vraiment voulu faire m-mieux pour ton anni-niversaire…

– Pfffff… C’est pas grave. Je pense que c’est pareil ailleurs. C’est chiant, ce virus, hein ? »

Clara serra ma main dans la sienne, avec un sourire rabougri qui masquait mal sa déception.

En fin d’après-midi, je lui annonçai avec beaucoup de gêne que cette location en urgence m’avait coûté l’essentiel de mes derniers revenus et qu’elle allait devoir financer le reste du week-end. Elle ne cacha pas sa surprise.

« Ah bon ? Alors, euh…

– J-j’ai eu aucune commande depuis des mois… Je suis d-désolé.

– Oui, oui.. C’est vrai que moi, j’ai continué en télétravail. Bon, t’inquiète pas. »

Quand nous nous étions rencontrés, six ans plus tôt, je gagnais mieux ma vie qu’elle. Clara avait toujours aimée être gâtée. Je regrettais de ne plus pouvoir le faire comme à l’époque, mais je n’y pouvais plus rien. Je la sentis distante pendant une heure ou deux.

À l’heure de dîner, nouveau calvaire : impossible de trouver une table. Certains restaurants n’avaient pas survécu aux mois de confinement ; d’autres avaient divisé leur nombre de couverts par deux pour respecter les mesures sanitaires. Tout était complet ! Pour manger, il fallait réserver deux jours à l’avance. On nous conseilla même de programmer nos sorties de la semaine. Malheureux comme les pierres, nous finîmes par faire une demi-heure de queue pour deux crêpes à emporter, hors de prix et de saveur médiocre.

Les vacances étaient en train de tourner au fiasco. J’en étais mortifié et j’essayais sans succès de faire rire Clara, de prendre du recul… Mais je sentais bien qu’elle m’échappait.

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