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Restez chez vous !

Episode 40

Le deux août, à sept heures du matin, nous étions prêts à décoller.

« J’ai rempli l’attest… L’attest-ta-ta… »

Maudit papelard.

« …l’at-test-tatation, j’ai coché “motif impérieux”. Si les flics nous arrêtent, on di-dira qu’on va voir ta m-mère en Normandie, qu’elle est malade, un t-truc du genre ?

– Très bien ! »

Clara me rejoignit dans l’habitacle. Elle portait une robe d’été rouge et affichait un large sourire. Cette semaine de vacances improvisée s’annonçait délicieuse.

On démarra. Je n’avais pas conduit depuis longtemps et la voiture du père de Clara était une vieille berline que j’eus très peur d’abîmer la première demi-heure… avant me sentir à l’aise en atteignant l’autoroute, peu fréquentée.

« Ah, parfait ! Y a personne », dit Clara en allongeant ses jambes nues sur le tableau de bord, révélant ses cuisses qui ne me laissaient pas indifférent. Elle le savait ; je crois qu’elle le faisait exprès.

Après trois heures de route, on arriva dans un hameau à la frontière de l’Orne et du Calvados. Une église, une supérette, un office du tourisme fermé. La maison que j’avais louée était située à la lisière du hameau.

« Vous avez fait bonne route ? » nous demanda la propriétaire.

La maison comptait quatre chambres, un double salon et un immense jardin. Elle avait dû être un lieu plein de vie, avoir vu grandir des enfants – dans les années 1970 à en juger par les couleurs des photos de famille accrochées aux murs – avant de devenir un gîte peu fréquenté. Dès que la propriétaire partit, j’arrachai les couvertures du lit parental pour y prendre Clara qui me réclamait. Les ressorts grinçaient et, au beau milieu de la partie, j’en sentis un s’enfoncer douloureusement dans mon dos, ce qui écorna la magie du moment.

À l’heure du déjeuner, on nous indiqua plusieurs restaurants qui, en fin de compte, étaient tous fermés ; on finit par s’arrêter sur le bord d’une route pour en appeler d’autres, avant d’en identifier un, enfin, prêt à nous recevoir.

L’après-midi, il faisait plus de trente degrés et je proposai d’aller voir la mer.

« Oh non, me dit Clara, j’en ai marre de rouler… Tu veux pas qu’on se mette dans le jardin, tranquilles ?

– Si, si tu veux !

– On ira demain, à Ouistreham, il fait tellement beau ! »

Je trouvai dans la réserve deux transats poussiéreux, couverts de toiles d’araignée, que je nettoyai tandis que Clara s’enduisait de crème solaire. Quand j’eus terminé, elle regarda les transats d’un air circonspect et en choisit un, le moins sale, non sans manifester son dégoût. On passa l’après-midi côté-à-côté, elle en plein soleil et moi légèrement à l’ombre ; elle à bronzer, moi à lire et à tenter d’établir une conversation.

« Il f-faudrait qu’on aille faire des courses, p-pour ce soir…

– Oui.

– Je sais p-pas à quelle heure f-ferme la supérette. D-demain, par contre, on a de la chance, il y a le marché hebdo-hebdomadaire.

– Ah super ! J’adore le marché. »

Elle me répondait systématiquement sans un regard, lunettes noires vissées sur le nez, face au soleil. C’était un peu vexant… Elle finit par s’allonger à plat ventre et à tourner la tête de l’autre côté. Peu après, sans crier gare, elle me demanda :

« Tu sais ce qui manque, dans cette maison ?

– Non.

– Une piscine.

– T-tu sais, j’ai fait de mon mieux mais t-tout est… »

Elle se retourna alors vers moi, brusquement, levant ses lunettes et me caressant l’épaule :

« Ah non, mais je dis ça comme ça, je fais ma pourrie gâtée… C’est super, que t’aies trouvé ça, mon cœur, vraiment ! Je suis très contente ici. »

Pendant qu’elle m’embrassait pour s’excuser, je songeai à ce que j’allais devoir lui dire, tôt ou tard : que je n’avais pas les moyens de payer les restaurants, les courses et l’essence, après avoir financé tout seul le gîte, et qu’il allait falloir m’aider, même si c’était son anniversaire.

Le soir-même, en lui faisant l’amour, je songeai à Maïwenn.

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