la maison d'édition de séries littéraires

Restez chez vous !

Episode 33

Confinement, saison 2. La nouvelle s’abattit sur la France comme un orage. Tout le monde refusait d’y croire. Quatre semaines de plus enfermés, alors qu’il faisait trente degrés et qu’on était déjà en maillot et en tongs, la mer en tête ? Mars ou avril à la maison, passe encore, mais juillet ?

Ce samedi soir fut sans doute le plus agité en France depuis les événements de mai 1968. Par provocation, des groupes d’hommes et des femmes se prirent à boire et à danser dans la rue en adressant des bras d’honneur à la police. D’autres Parisiens se ruèrent vers les gares pour se mettre au vert et maintenir leurs vacances, coûte que coûte, malgré l’interdiction de voyager. Nous, militants, étions doublement dépités : en plus de la privation de liberté, ce reconfinement signait la fin de nos manifestations. Le ministère de l’Intérieur avait déjà précisé qu’il les empêcherait par la force.

Il n’y avait guère que les miliciens pour se réjouir de la nouvelle : ils allaient revenir sur le devant de la scène et sentaient s’approcher leur grand soir… La nuit de l’annonce, d’ailleurs, admirablement organisés, ils quadrillèrent les rues des quartiers populaires pour terroriser les immigrés.

Dimanche fut une journée de désespoir. La police et les milices étaient partout, pour marquer le coup. Je ne pouvais pas aller voir Clara, c’était trop loin ; je restai chez moi à ruminer la situation. Le rayon de soleil de ma journée fut l’apparition de Maïwenn à sa fenêtre, de l’autre côté de la rue. Elle m’aperçut à la mienne et me fit un signe de la main. À côté d’elle, assise sur le rebord, Opportune était là. Elle leva aussi la patte pour me saluer.

À vingt heures, rien. Personne n’applaudit les soignants, personne ne frappa de casseroles contre le pouvoir. Paris était abattu, accablé, écrasé.

Les jours suivants, je me repris un peu. Il n’était pas question de laisser le champ libre au gouvernement et à l’extrême-droite, qui étaient trop contents de ce face-à-face… On parvint à se réunir à l’Homme bleu.

« Il est pas là, JP ?

– Il a été hospitalisé aujourd’hui.

– M-merde, les milices ?

– Non, non. Le virus… »

Avec son expérience des manifs, JP était devenu une sorte de chef naturel. Il allait désormais falloir faire sans lui… Nausicaa prit la parole :

« Vous vous souvenez, quand je vous parlais du contrôle des masses par la sécurité sanitaire ? Avec ce deuxième confinement, on peut se poser la question de savoir si on y est.

– Tu crois ?

– Ben, plus de manif, plus de contestation, le mouvement social est cassé, l’ordre doit régner… Vous voulez que je vous lise la tribune des Pinçon-Charlot ? »

Elle nous lut à voix haute un texte percutant publié dans la presse du jour, qui mesurait les risques démocratiques du stop-and-go décidé unilatéralement par le pouvoir et mettait la population en garde contre “une étape supplémentaire dans la dérive autoritaire”.

Cette terrible tribune nous montrait la voie à suivre. Il allait falloir résister en encourageant nos concitoyens à continuer de penser, à ne pas se réfugier dans l’obéissance passive ; il allait falloir innover, remplacer nos manifs par autre chose… Mais quoi ? En face de nous, les Stanislas les plus virulents réclamaient la poursuite de l’activité économique et l’abolition de toute forme de confinement. C’était peut-être une planche de salut : pouvaient-ils nous offrir un duel qui nous fasse revenir dans les médias ?

Je rentrai chez moi découragé après la réunion. Notre élan était coupé.

Le lendemain matin, on sonna à ma porte. Somnolant encore, je n’eus pas le réflexe de regarder à travers le judas. J’ouvris et me retrouvai nez-à-nez avec deux gaillards en chemises sombres, mines patibulaires et armes de poing à la ceinture :

« Police ! On a quelques questions à vous poser. »

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter