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Restez chez vous !

Episode 30

Après la réunion, je me retrouvai par hasard avec Maïwenn devant le local de l’Homme bleu.

« Tu vas par-là ? me demanda-t-elle.

– Oui. »

Je marchai alors avec elle. Devant nous, la chatte promenait superbement sa queue recourbée. J’aimais beaucoup cette chatte. C’est elle qui m’avait fait découvrir les Immortels, c’est elle qui avait sauvé Mahdi. Mais c’est elle aussi qui avait arraché l’œil d’un milicien.

Maïwenn habitait la même rue que moi, en face, dix mètres avant mon immeuble. De ma fenêtre, je pouvais lire les slogans qu’elle affichait à la sienne. On arriva devant chez elle, et j’allais lui dire au revoir quand la chatte se mit à courir jusqu’à disparaître au coin de la rue, sans raison apparente.

« Qu-qu’est-ce qui lui prend ?

– Elle va revenir, me dit Maïwenn, sûre d’elle.

– Tu l’as adoptée ?

– Oui. Je l’adore.

– Et t-tu lui as donné un nom ?

– Pas encore. Il faut un nom de super-héros pour un chat pareil… Genre Catwoman, mais plus facile à porter…

– J’ai une autre idée, si tu veux… »

Un miaulement plaintif nous interrompit : depuis l’intérieur de l’immeuble de Maïwenn, la chatte semblait appeler à l’aide, comme un animal blessé. Nul ne savait comment elle était entrée là…

« Attends, faut qu’on aille voir ce qui se passe… s’inquiéta Maïwenn, en composant immédiatement son digicode. »

Je la suivis dans un hall d’immeuble tout en longueur. Au bout, dans l’obscurité, sous les boîtes aux lettres, on devinait les yeux de la chatte. Elle émit encore un miaulement douloureux. Maïwenn se pencha immédiatement sur elle.

« Qu’est-ce qu’il y a, mon amour, tu t’es fait mal ? »

Au lieu de se satisfaire de l’attention de Maïwenn, comme on aurait pu s’y attendre, la chatte bondit hors de sa portée, apparut agilement dans la lumière et traversa le couloir pour aller s’asseoir devant la porte cochère, qui venait de se refermer derrière nous. Elle était indemne et ne se plaignait plus. Maïwenn s’en étonna.

« Elle est bizarre, des fois…

– Elle est ma-magique, oui ! Un jour… »

J’allais lui raconter comment l’animal m’avait apporté du paracétamol sur mon balcon, mais je m’avisai de me taire. C’était trop incroyable.

« Je vais y aller. On se voit bientôt ?

– Oui. À la prochaine ! »

J’eus envie de lui faire la bise, mais cette norme sociale n’avait pas encore repris. Dommage. La chatte, assise devant la porte, miaula en me regardant. Quand je m’approchai pour sortir, elle se redressa et me rugit au visage.

« Ah ! On dirait qu’elle ne veut pas que tu sortes, rit Maïwenn.

– Je devrais y arriver, quand même… »

Je saisis la poignée de la porte cochère. La chatte rugit à nouveau, très menaçante, et griffa la pointe de mes chaussures. Elle y laissa trois griffures profondes, lacérant le cuir sur plusieurs centimètres.

« Re-regarde ce qu’elle m’a fait ! » dis-je à Maïwenn en lui montrant mon pied.

Maïwenn s’approcha pour constater les dégâts.

« Je te dis, elle veut pas que tu sortes ! L’autre jour, je voulais acheter du pain, elle m’a fait pareil. »

Je regardai la chatte, contrarié.

« Ça suff-suffit, maintenant ! Tu me laisses p-passer… »

Je tirai la porte pour la forcer à s’écarter mais, cette fois, elle me décocha un violent coup de patte dans le pantalon.

« Aïe ! »

Ma jambe était éraflée jusqu’au sang et la chatte me fixait, impassible, résolue à m’empêcher de partir.

Cette situation improbable m’amusait et m’agaçait en même temps. Je me tournai vers Maïwenn qui me souriait, rayonnante.

« Et t-tu as pu acheter ton pain, l’autre jour ?

– Non. Tu devrais monter.

– Miaou ! »

L’animal venait de prendre part à notre dialogue, le plus naturellement du monde, pour nous signifier qu’il était aussi de cet avis. Cette chatte était surnaturelle, c’était clair à présent. Toute résistance était vaine.

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