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Restez chez vous !

Episode 26

Un deuxième coup de poing s’enfonça dans l’estomac de Mahdi. Il l’encaissa en se recroquevillant, tant bien que mal, pour se protéger, mais déjà le milicien qui le maîtrisait lui attrapa les cheveux pour lui relever la tête, tandis que l’autre armait une nouvelle frappe.

J’étais pétrifié et pourtant incapable de détourner le regard. Je n’imaginais pas que des adultes puissent exercer une telle violence gratuite ; la dernière fois que j’avais pris des coups de cette façon, je devais avoir dix ans, dans une cour de récréation. Je n’arrivais pas à concevoir la cause du déferlement de haine de ces quatre hommes. Cette barbarie absurde me paralysait. Le milicien aux gants renforcés frappait maintenant Mahdi de toutes ses forces, et j’avais peur que cela tourne au meurtre…

C’est alors qu’elle arriva. Opportune, comme toujours ; on ne l’attendait jamais, il était impossible de penser à elle avant de l’apercevoir… La chatte. Elle tomba littéralement du ciel.

En miaulant rageusement, toutes griffes dehors, elle plana et atterrit sur le crâne du milicien qui retenait les bras de Mahdi. D’un coup de patte, elle lui griffa l’œil de long en large ; je crus même voir un fragment d’iris sortir de son orbite.

« Aaaaah ! »

Immédiatement, le milicien relâcha Mahdi et porta les mains à son visage en hurlant de douleur. La chatte venait de le foudroyer. Mahdi en profita pour repousser celui qui le frappait et se détacher du mur.

La chatte sauta alors sur la nuque du vieux qui nous tenait en respect et lui plongea ses griffes dans l’oreille. Son collègue tenta d’attraper la bête de ses bras musclés, mais elle s’échappa avec agilité. Revenue à terre, elle tournait maintenant autour du groupe de miliciens, à l’affût d’une autre occasion d’assaut.

« Putain, je vois plus rien ! Elle m’a arraché l’œil ! »

Sa première victime était accroupie contre la façade de l’immeuble, la main ensanglantée posée sur le visage. Au lieu de lui porter secours, le milicien aux gants coqués se rua vers Mahdi pour le finir.

Mais la surprise avait déstabilisé nos adversaires et Mahdi put réagir. Il esquiva sa charge et parvint à le faire tomber à terre. Le reste de notre groupe chassa les deux miliciens encore debout.

« C-cassez-vous, maintenant, ça suffit ! »

Sortant moi aussi de ma torpeur, je tentai de profiter de la situation pour les impressionner. Le type blessé retira sa main, révélant un globe oculaire béant.

« Aidez-moi, les gars, pleura-t-il, je vois plus rien ! »

Saisis d’effroi, ses collègues s’approchèrent de lui pour le secourir. C’était le moment de nous enfuir, sans tarder. Assise sur ses pattes arrière comme une sphinge, la chatte contempla quelques secondes son exaction. Puis elle se releva majestueusement et nous suivit.

Peu après, nous étions à l’Homme bleu, sains et saufs. Mahdi n’avait rien et plaisantait avec nous. Maïwenn prit la chatte dans ses bras pour la caresser. Elle comptait l’emmener chez elle la toiletter et la chouchouter. Je rentrai dans mon studio, secoué mais infiniment soulagé.

Dans la nuit, j’appris sur internet que plusieurs camarades d’autres groupes avaient été agressés, comme nous. La plupart étaient indemnes mais certains avaient été tabassés et postaient les photos de leurs visages tuméfiés pour en témoigner. Un jeune Noir de 19 ans était entre la vie et la mort.

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