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Restez chez vous !

Episode 17

Huitième semaine de confinement. Et enfin, enfin ! Le pic de l’épidémie était passé. Il y eut un basculement dans les médias : ils délaissèrent le présent – le nombre de morts et les personnalités décédées – pour parler de l’avenir.

Il n’était pas encore question d’annoncer le rétablissement de la liberté de circuler. De l’avis général des scientifiques, on ne pourrait “dé-confiner” la population que très lentement, et en testant tous les Français avant de les laisser sortir de chez eux. Le gouvernement, plus prudent encore, freinait des quatre fers, comme s’il avait intérêt à nous garder à la maison le plus longtemps possible.

Pourquoi ? Par crainte d’une révolte sociale de grande ampleur ! L’empressement du pouvoir, les premières semaines, à revenir à la normale pour sauver l’économie, s’était progressivement effacé à mesure que le mécontentement montait, pour laisser place à la peur de voir l’ordre établi trembler.

Moi, je toussais encore un peu, mais rien à voir avec mon expérience de mort imminente des jours précédents. S’il était trop tôt pour revoir Clara, j’allais juste assez bien pour, au moins, préparer la suite avec les Immortels.

Réunion en ligne. Ce soir-là, c’est une femme qui imposa ses idées dans le débat, une dénommée Nausicaa – je crois que c’était cette trentenaire un peu forte que j’avais croisée deux ou trois fois.

« J’ai lu beaucoup de choses sur le virus, nous dit-elle. Et un truc dont personne ne parle, c’est la cause de la pandémie. On est tous là à chercher des solutions, à imaginer s’en sortir, mais personne ne cherche à comprendre pourquoi cette maladie est apparue, si ça peut arriver demain avec un autre virus, et comment l’éviter.

– Et toi, tu sais ? »

Je ne bégayais pas à l’écrit, c’était bien pratique.

« Bon, c’est pas moi qui sais. C’est des scientifiques qui ont bossé sur le sujet. Et ce qu’il faut dire, c’est que le virus a une cause écologique. C’est hallucinant que personne n’en parle.

– Explique.

– J’ai lu plusieurs articles, dont un dans le Monde Diplomatique, qui est quand même un journal fiable… Et en gros, le virus est passé des animaux à l’homme parce qu’on a privé ces animaux de leur espace vital. Du coup, ils sont en contact avec l’homme, et le virus mute et nous contamine.

– C’est vrai, ça ?

– C’est prouvé. Et ce qui est encore plus intéressant, c’est que les scientifiques ont démontré que la même chose s’était produite avec le H5N1, le SRAS, le VIH, le choléra récent à Haïti, la maladie de Lyme… Tout ça, c’est parce qu’on coince la nature dans des espaces de plus en plus réduits, que l’homme est partout. La cause de ces pandémies, c’est le développement économique débridé. Mais personne n’en parle !

– C’est ouf.

– C’est un vrai scandale !! »

Très impressionné, le groupe décida qu’il fallait communiquer là-dessus, par souci de vérité, et que c’était une manière de remettre l’écologie au cœur du débat. Moi-même, qui m’étais peu engagé dans ma vie jusque-là, il me semblait que tout prenait un sens nouveau, que tout était lié en ce monde, et qu’il était temps de s’attaquer à la situation globale de la planète.

« Oui, mais attendez, nous mit en garde JP. On va mobiliser personne avec ça.

– Comment ça ?

– Ben ça va être très difficile de mettre en place une action qui implique les gens avec ce sujet-là. Parler d’écologie alors que les gens meurent…

– Mais justement ! Il faut qu’ils sachent pourquoi ils meurent ! Il faut les faire réfléchir !

– Je suis d’accord sur le fond, insista JP. Je dis juste que c’est pas réaliste. »

Un débat s’ensuivit sur l’opportunité de mobiliser – ou non – avec ce sujet, mais les réserves furent vite écartées. Il fallait en parler, il nous semblait primordial que tout le monde sache d’où venait le virus, et arrête d’accuser bêtement un pangolin et une chauve-souris qui n’avaient rien demandé. On décida de concevoir une campagne de communication massive, avec des slogans forts, et de les relayer rapidement sur l’odieux site bleu, à nos fenêtres et à nos balcons. Je songeai que j’allais devoir retourner mes draps pour les peindre de l’autre côté… Et s’il le fallait, je ferais un casse chez IKEA pour en voler d’autres, j’étais prêt.

« Bon, je vous suis, écrivit finalement JP. Mais je vous aurai prévenu… »

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