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Restez chez vous !

Episode 12

« Mais cette f-femme est malade, elle est…

– Ta gueule ! Tu la fermes, c’est clair ? »

Réponse brutale et sans appel. JP s’était levé pour me dissuader d’insister davantage.

« Tu fermes ta gueule et tu nous laisses bosser. »

Un de nos co-détenus prit la parole :

« Mais on va pas rester avec une sale malade !

– Vous aussi, vous la fermez ! Vous commencez à me gonfler, tous… »

Et le flic repartit aussitôt. J’entendis mes deux voisins se plaindre :

« Elle a pas intérêt à me toucher, cette chienne, sinon, je lui éclate la tête ! »

JP les regarda sévèrement, toujours muet. Je me retins de hurler. J’avais honte de partager mon humanité avec deux types aussi minables. La femme avait fermé ses yeux noyés de larmes et de fatigue. Il me semblait impossible qu’elle ne les ait pas entendus. J’enlevai mon pull et le disposai soigneusement sur le haut de son corps. Elle ouvrit les yeux et me remercia, tandis qu’un des lascars prononça distinctement à mon endroit :

« Oh, le pédé… Regarde ! Nous approche pas non plus, toi, maintenant ! »

J’étais hors de moi, mais toute réponse me semblait inutile.

Les heures qui suivirent furent interminables. Nous étions livrés à notre sort, dans cette cellule sordide… JP se mit à marcher nerveusement, de misérables allers-retours d’un mètre. Je commençais à avoir froid. La femme s’était endormie, mais d’un mauvais sommeil, sans cesse interrompu par une toux maladive et d’alarmants frissons.

Au matin, nous étions toujours là. Le visage moite, les lèvres bleues, la femme tremblait désespérément… J’avais le sentiment d’être le témoin impuissant d’un drame. N’y tenant plus, d’impatience et de rage, j’appelai à nouveau à la rescousse :

« Ho hé ! Police ! C’est sérieux, là ! Il y a une femme très malade avec nous ! Ho ! Vous devez l’aider ! »

Après de longues minutes à m’égosiller, des pas résonnèrent enfin dans le couloir. Un jeune flic arriva, les yeux verts, d’un vert très intense, surnaturel. Il pointa sur moi un regard doux, compréhensif, m’écouta en hochant la tête. Il était seul et sans arme.

Puis sans un bruit, il ouvrit notre cellule et nous désigna du menton, JP et moi :

« Vous deux, vous rentrez chez vous. Je m’occupe d’elle. »

Il semblait si bienveillant que je ne sus quoi répondre. JP aussi était bouche bée. Avant de sortir, je jetai un dernier regard en direction de la femme : toujours au sol, recroquevillée, mon chandail en couverture, elle me fixait de ses yeux noirs. C’était comme une supplique, comme si elle me demandait de la sauver… Ou me rendait grâce de l’avoir soutenue.

Je sortis, le cœur chargé d’un poids immense. Je ne savais pas ce qu’elle deviendrait ou si je la reverrais, mais je compris que son expression resterait gravée dans ma mémoire.

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