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Ragozine

Episode 8

Résumé de l’épisode précédent :

Apprenant la mort de son petit ami, Ding explose. Il insulte Pablo. Il voit des dragons. Il voit aussi le GIGN qui s'apprête à perquisitionner leur petite planque.

Les Fous décampent et comprennent qu'il ne s'agit pas des flics, mais d'Onelli qui veut se venger…

Les poules piétinaient des cadavres.

Tout pouvait se résumer à cette phrase. Cassandra passa la main dans ses cheveux couleur d’automne. Son visage pâle reflétait la lumière bleue de l'écran de son ordinateur. Cela faisait plusieurs heures qu'elle montait une vidéo pirate. Les images défilaient dans sa tête, son front saturait, mais sa motivation bourdonnait toujours.

Elle coupa un plan et décida de mettre le plus gore en premier. Il fallait choquer les foules pour les faire bouger.

Dans ces poulaillers industriels, le cannibalisme était courant. Les femelles ( les mâles étaient broyés ou gazés à la naissance) se retrouvaient dans des cages exiguës, engluées dans la pénombre. Elles n'avaient pas plus de 30cm3 pour elles.

D'habitude, personne ne voyait ça. La souffrance animale était cachée, camouflée. La vidéo n'était donc pas importante, la vidéo était nécessaire...

Le portable vibra sur la table.

« Peux-tu m'héberger ? »

***

L'urgence qu'elle lu dans les yeux d’Alex était saturée d'énergie. Cassandra crut qu'il allait lui avouer le meurtre de Donald Trump en direct.

« Pardon ? demanda-t-il.

– Je disais : qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Elle le laissa entrer et il l'effleura. Quelque chose de doux. De chaud. Elle ne pût s'empêcher de frissonner. L'image de cet homme en train de couper une oreille remonta à sa mémoire. Pourquoi avait-elle répondu à son message ? Pour l'écouter parler torture ou bien pour son petit fessier ?

Elle lui indiqua où poser ses affaires.

« Tu vis toute seule ici ?

– Non, je suis en coloc avec deux autres filles... Tu vas continuer longtemps les banalités ou bien il faut que je te parle d'oreilles coupées pour attirer ton attention ? »

La phrase était sortie comme ça et les yeux d'Alex, entre l'opalin et le vert couleuvre, se levèrent comme ceux d'un accusé.

« Écoute. Je suis dans la galère et j'ai juste besoin de me poser ce soir. Demain, ce sera fini...

– Pardon ?

– Demain, je dois participer à quelque chose de grand...

– Qui est-ce que tu vas encore mutiler ?

– Arrête, s'il te plaît...

– Tu es mignon Alex, mais tu ne me dis pas tout. Est-ce que tu penses qu'en torturant des types tu vas obtenir quelque chose ?

– Arrête... Ne me dis pas que tu ignores la violence qui t'entoure et que tu t'en satisfais ? Les milliers de gens virés comme des ordures par des multinationales qui font des milliards de chiffres d'affaire, c'est pas de la violence ?

– Mais...

– Et les usines qui continuent à tourner plein gaz, les lumières allumées à trois heures du mat en plein centre ville, les abattoirs concentrationnaires, alors que la planète devient une cocotte-minute, c'est pas de la violence ? Et ma jambe explosée par une grenade lancée par un salaud de flic, c'est pas de la violence ??!! »

Cassandra se prit la vague de fatigue, de frustration et de révolte en pleine gueule, mais elle resta debout.

Alex reprit, plus doucement…

« Demain, pas d'oreilles de racistes coupées. Juste un braquage et...

– Un braquage ?

– Oui, je...

– Pour votre pomme ?

– C'est pas ce que tu crois. Je ne peux rien te dire encore. Désolé de ramener mon sac d'emmerdes. Je peux partir si tu veux... »

***

Dans le van des Fous, Ding et Pablo dormaient l'un contre l'autre. Dans les rêves du premier, un dragon d'os crachait des flammes et hurlait à la mort. Au milieu de la fournaise, Nick apparaissait. En fantôme.

Ding serra les poings.

Demain, oui...

De son côté, Pablo touchait la nuit des doigts, comme une rivière d'encre fraîche. Il traversait un lac sur une pirogue et voyait des cadavres remonter à la surface. C'était onctueux, paisible...

Quelle heure est-il à l'aune de celui qui se souvient ?

***

Allongé sur le canapé, Alex se mordait les doigts pour tout ce qu'il avait dit. Elle l'avait accueilli et il avait gâché cette belle rencontre… Contre vents et marrées, il creusait son sillon de vérité.

Dans le salon, des guirlandes et des cactus, des tables basses et des photos d'action remplissaient l'espace.

Elle est trop bien pour toi, petit con !

Il ferma les yeux.

Médita encore.

Son cerveau était incapable de s'arrêter. Il était comme une toupie inlassablement relancée dans sa danse folle. Il se leva. Remballa le tout. Il allait ouvrir la porte quand une main l'arrêta. Une silhouette se glissa dans la pénombre. Une culotte... Oh !

« Promets-moi de ne faire de mal à personne, demain...

– Promis. »

Et elle l'embrassa.

Comme un tour de magie.

***

En se réveillant, Cassandra sentit les draps froids près d'elle. L'odeur de la nuit enveloppait encore la chambre. Une odeur de sueur et de câlin. Par dessus la couette, elle ouvrit un œil et vit un collier sur la table de nuit. En dessous, un petit mot :

Pour la plus directe...

Tendrement,

Un fou.

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