la maison d'édition de séries littéraires

Ragozine

Episode 5

Résumé de l'épisode précédent :

Déguisés en femmes, Alex, Pablo et Ding ont braqué une banque. Pendant le braquage, Alex reçoit un sms de Cassandra qui repousse encore son invitation.

Pablo gara sa voiture, arracha les clés du tableau de bord et claqua la portière. Derrière son épaule, il vit le prolongement de l'avenue, protégée par une allée de platanes, avec la station de RER au loin. Un type avec un chapeau et une cigarette électronique se décala et se mit à le suivre. Il venait de descendre de voiture. Un grand classique...

D'un geste, Pablo bifurqua, fit une dizaine de pas et rentra dans un centre médical à ciel ouvert. Il passa les ambulances et le centre de radiologie, puis contourna le tout. Ce carré aux abords de la station de Sevran ne lui était pas inconnu. Comme il avait travaillé pendant plusieurs années dans...

Il ne voulut pas y penser. Maintenant, il avait rejoint les “Fous”, une petite troupe d’enragés qui se retrouvaient plusieurs fois par semaine. Chômeurs, auto-entrepreneurs ou même juste joueurs d’échec, chacun avait ses raisons d’en vouloir au monde. La balance penchait d’un seul côté. Il fallait changer la tendance. Quitte à se faire suivre par les renseignements généraux...

Après un dernier virage, il accéléra et se glissa entre deux grilles. Elles protégeaient les pré-fabriqués qui contenaient les chantiers de la nouvelle ligne du Grand Paris. Pablo jeta un œil vers la sortie et vit l'homme au chapeau en train de l'attendre. La diversion avait réussi.

Dans l'ombre d'un porche, trois jeunes fumaient une chicha.

« Oh mec ! T'aurais l'heure ? »

Pablo se retourna. Il s'attendait à une embrouille. Il ne fallait surtout pas se faire repérer…

Il regarda l'une de ses deux montres et dit :

« 16H16 »

Le mec se toucha le nez.

« Wallah merci ! 16H16, ça porte chance ! »

Pablo sourit et fila.

Il était toujours ravi de voir ses propres peurs conjurées par une simple question. À son âge, il n'avait pas eu cette innocence...

***

1973.

Sa mère le traînait par la main.

L'aéroport était leur destination.

Santiago, Chili.

Elle lui avait promis de le rejoindre. Il irait vivre à Paris. Les rues chiliennes étaient en ébullition. Les paroles s'enflammaient, les actes se mêlaient aux mots. Même son père recevait des lettres incendiaires. Le coup d'état militaire allait accoucher d'un monstre. Il fallait partir.

Pablo se censura soudain.

Encore une fois.

Un bâillon sur la bouche d'une mémoire hurlante.

***

Il fila entre les préfabriqués du chantier et rejoignit la planque, un appart' miteux que les Fous louaient sous un faux-nom. L'immeuble avait des formes arrondies. Dans le quartier, on l'appelait « La Banane ».

Quand il débarqua, Ding, Alex et Nick sirotaient un café, assis en cercle autour d’une table basse sur laquelle traînaient deux fusils et un petit livre vert.

« J’ai été suivi par un Rg, lança Pablo.

– Et ? demanda Alex.

– Semé. Mais je pense qu'il faudra changer de planque d'ici quelques jours... »

Alex le jaugea longuement, puis il le prit dans ses bras et lui fit une bise. L'argent du braquage de la veille fut sorti et divisé. Ce n'était qu'un entraînement pour le projet Ragozine. L'argent allait enfin couler à flot !

Alex fit de la place et servit un expresso au nouveau venu qui le siffla en regardant l'une de ses montres. Alex n'avait jamais su pourquoi Pablo avait deux montres. Il ne connaissait pas grand chose de son passé. À part son ancien boulot...

Ding nettoyait un silencieux aussi silencieusement que son arme. À côté, Nick marmonnait dans sa barbe.

En les observant tous, Alex ne sut dire à quoi tenait leur amitié.

C'était...

C’était une armature de liens, de convictions qui, nouées entre elles, reliées à des cœurs, s'élevaient et lançaient quelque chose qui pouvait porter le nom d'utopie.

Nick sortit des plans d'un tiroir en se massant la nuque. Une douleur aiguë lui lançait régulièrement le crâne depuis la rixe avec Onelli. En soupirant, il regarda les trois autres et dit :

« Guys, on est prêts pour la Ragozine ! Ça va être rock, ça va être crazy et on va exploser quelques cerveaux ! »

Le soir même, dans un bar violet et enfumé de Pigalle, Alex eut soudain l'impression d'être à poil.

Les fesses à l'air.

Malgré ses yeux cernés, il avait rangé ses cheveux et il avait mis son pull des grandes occasions. Les glaçons cliquetaient dans son verre et l'odeur de la menthe titillait ses narines. Ding et Nick lui avaient un peu fait la gueule quand il leur avait annoncé qu’il attendrait dorénavant sa belle inconnue chaque soir dans un bar cradingue : « Le Mezcal ». Ils pouvaient parler ! Dès qu'une fille rappliquait, ils s'imaginaient tout de suite une mauvaise vinaigrette ! Bande de pleutres…

« Si tu es vraiment resté là tous les soirs, chapeau, je n'aurais pas trouvé plus glauque ! »

D'un coup de vent sucré, elle se présenta devant lui, jean moulant, regard espiègle et sourire à couper le souffle. Il chercha une pique à lui renvoyer mais aucun mot ne réussit à naître dans son cerveau rendu cotonneux par le stress.

Elle lui souffla son nom comme un secret et fila direct vers les toilettes...

Elle s'appelait Cassandra.

Ses mains étaient couvertes de sang.

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter