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Ragozine

Episode 3

Résumé de l'épisode précédent :

Cassandra et ses amies ont graffé un message sur la façade d'un immeuble où des agressions sexuelles ont été commises sur des femmes.

Après leur coup d'éclat, elles décident de fêter l'évènement dans le bar "L'anti-spectacle". À cette occasion, Cassandra croise Alex...

D'un claquement sec, Cassandra referma son téléphone puis se tourna vers Astrid, la serveuse de l'Anti-spectacle. Elle lui demanda :

« Tu le connais le beau brun d'hier soir ?

– Tu ne veux pas le connaître...

– Ah bon ?

– Non. Tu-Ne-Veux-Pas.

– Et pourquoi donc ? »

La serveuse souffla sur une mèche de ses cheveux roux bouclés. Habituellement excentrique, son regard se durcit d'un bloc :

« Tu ne veux pas savoir parce que t'es une femme et que tu dois rester libre. Ce macho de première ne pense qu'avec sa bite et il trempe dans trop d'embrouilles pour être sec...

– Oh...

– Quoi ? Il t'a fait les yeux doux ? C'est ça ?

– Un peu... »

La veille au soir, légèrement imbibé, Alex s'était approché d'elle et lui avait fait une courbette de ménestrel ivre. Ridicule. Elle avait essayé de l'ignorer une deuxième fois, soutenu par les rires de ses potes, mais il était revenu à la charge en lui demandant si elle voulait un verre, un bleu ou même un jaune. Humoriste ? Il avait alors laissé son numéro derrière un sous-bock avant de filer au loin avec sa dégaine de vaurien et ses mains sales. Cassandra avait alors observé cette suite de chiffres au stylo à bille, comme le code d'un coffre renfermant le secret d'une vie calme et heureuse.

« QUOI ? Ce n'est pas une vie calme et heureuse que tu vas avoir, meuf, mais un aller direct en prison... lâcha Astrid.

– Sérieusement ?

– Écoute. Toi, t'es une vraie activiste comme je les aime. Tu ne deviens pas aussi con que ceux que tu combats. Lui, il serait capable de brancher les tétons d'un type sur une centrale nucléaire pour obtenir une info... D'ailleurs, continua Astrid, tu sais ce qu'ils ont fait hier soir ? »

Cassandre sentit son téléphone vibrer.

« Oh. Tu m'écoutes Cass' ? Lache ton phone 30 secondes !

– Pardon. Tu disais ?

– Hier, dans le 18ème arrondissement, ils ont coupé l'oreille d'Onelli.

– Quoi ?

– Tu aimes descendre le long des immeubles en rappel, mais pour lire les journaux, t'es pas fortiche...

– Chut. T'es pas sensée savoir ça non plus !

– D'après Le Parisien, hier soir, « Le Bastion» - le magasin de vêtement de Kevin Onelli a été vandalisé.

– Et ?

– C'est ton Alex qui a fait le coup.

– Comment tu sais ça ?

– Il était pas tout seul. Pablo, un pote de ton gus. Hier soir, il m'a tout raconté.

– Pourquoi un simple magasin de vêtements ? C'est ridicule...

– Onelli n'est pas qu'un vendeur de slip, c'est aussi un gros raciste. Les mecs se servent du « Bastion » comme d'une devanture, mais derrière, ils organisent des réunions du « Front Identitaire ».

– Ah... Encore des cons d’extrême-droite obsédés par les immigrés.

– C'est pas tout. Les mecs du Front se filment souvent en train de faire des ratonnades. Dès qu'ils croisent un reubeu, ils le tabassent, ils l'insultent, ils le poussent... 'Fin bref. C'est connu que ce magasin leur sert d'entrepôt, de salle de réunions, voir de cache d'armes...

– Les enfoirés...

– Donc bon. J'imagine que Pablo et Alex ont voulu contrecarrer tout ça. Mais au lieu d'utiliser la diplomatie, ils ont utilisé la manière forte... »

Cassandra voulut lui répondre quelque chose, mais elle douta un maigre instant.

Voyant son interlocutrice buter sur une marche morale, Astrid en profita pour asséner son dernier argument :

« Tout ça pour te dire, Cass', que cette clique est à l'opposé de tes idées. Un matin, les flics sont venus faire une perquise chez moi, alors que je sortais avec Pablo. Je peux te dire que j'étais pas sereine... Le lascar, j'te l'ai largué fissa ! »

Astrid rangea son verre et faillit le briser. Cassandra la remercia doucement. Puis elle sortit du bar. Son téléphone vibra une nouvelle fois. C'était encore Alex.

Ce soir. Et les autres soirs. Je t'attendrais au Mezcal. Viens quand tu veux.

Elle leva les yeux au ciel et soupira.

Elle avait encore du boulot.

Du sale boulot...

***

Derrière la butte Montmartre, dans un square ensoleillé, trois femmes étaient assises sur un banc ; toutes en lunettes de soleil et talons aiguilles.

L'une d'elles finissait une cigarette. Elle avait des cheveux très blonds et des lèvres très rouges. Ainsi que deux montres dépareillées.

« Pourquoi tu en portes toujours deux ? demanda celle de gauche, affublée d’un grand chapeau noir.

– T'occupes. Prépare-toi. »

Elle acquiesça et vérifia que son arme était bien dans son sac à main, puis elle s’adressa aux deux autres :

« Ragozine : phase numéro 1. »

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