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Ragozine

Episode 2

Résumé de l'épisode précédent :

Alex et ses trois hommes ont vandalisé un magasin de vêtements qui appartient à un certain Onelli...

En même temps, Cassandra chute d'un immeuble de 24 étages...

« Ne joue pas les casse-cous ! »

Harnachée elle aussi, Estelle se glissa vers Cassandra en quelques pas d'araignée pour vérifier l'état de son amie. Le vent était froid à cette hauteur, la nuit ténébreuse et les mains maladroites. Elle vérifia le mousqueton, puis le descendeur et ne trouva aucune anomalie.

Cassandra sentit la mort près d'elle. Comme une troisième compagne.

Avec un certain fatalisme, elle et les filles savaient qu'elles allaient crever la bouche ouverte dans ce monde de merde. Ce serait une maladie exotique ou un coup de couteau dans les ovaires, au choix. Il n'y avait pas de belle utopie à l'horizon. Que du combat et des larmes…

« C'est bon Cass ?

– Ouai, on descend ! Allez ! »

Elles avaient choisi cet immeuble car c’était le siège social d’une entreprise où plusieurs femmes avaient porté plainte pour agressions sexuelles. L’endroit évident. Une fellation forcée valait bien une infraction à la loi de la pesanteur...

Cassandra activa le descendeur et sentit cette fois-ci l'assise solide du baudrier. Suivie d'Estelle sur une voie parallèle, elles tombèrent de quelques mètres puis sortirent les bombes de peinture. En les secouant, les billes cliquetèrent. Elles finirent en moins de vingt minutes. Arrivées au sol, elles envoyèrent le signal. Susan, en haut, dénoua les cordes qui tombèrent comme des serpents. Les enrouler. Courir...

Sur la façade lustrée de l'immeuble dégringolait une suite de lettres sanguinolentes :

Stop à l'esclavage. Femmes, brisez vos chaînes !

Cassandra avait une vingtaine d'année.

Elle savait que le monde courait à sa perte, que la Terre se réchauffait comme une cocotte minute, que 2060 sonnerait la fin du pétrole et que les CRS crevaient des yeux aveuglément... Mais ce monde méritait qu'on se lève le matin pour le changer. Rien à perdre, tout à gagner.

Les filles claquèrent des mains.

« Fêtons ça dignement ! »

***

Le bar Anti-spectacle se trouvait près de la poterne des Peupliers, dans le sud de Paris.

Des guirlandes d'ampoules s'étiraient entre les arbres. Un jardin de bambous en touffe et de palettes accueillait les visiteurs.

Une conférence avait débuté. Le thème ? La lutte contre la langue de bois. Le conférencier se tenait au milieu d'un cercle et il questionnait tout le monde. Cassandra s'était levée d'un coup et elle avait parlé du mot « Fraternité ».

Utilisé dans la maxime française, elle avait rappelé que ce mot impliquait un monde où tout le monde était…

«...des frères. Mais les sœurs ? Qu'est-ce qu'on en fait ? »

Sa prise de parole fut franche, sans retenue.

« Il faut parler d'Humanité. Un point c'est tout.»

Assis dans l'ombre, la main encore percluse de morceaux de verre, Alex leva les yeux. La féminité féline qui se dégageait de cette femme le troubla. Pablo vint lui claquer les doigts sous le nez.

« Tu rêves ou quoi ?

– Un peu... »

Alex s'empara de la bière de son pote et en avala quatre gorgées. Eux aussi fêtaient une petite victoire, ce soir...

Seulement, le cœur n'y était pas. Les menaces d'Onelli sur le projet avait réveillé des doutes. Il se savait au milieu d'un labyrinthe de pensées, de souvenirs, de sensations. La voix de cette fille sembla alors tresser un fil d'Ariane. Il trinqua à sa santé quand elle passa près de lui. Sans le regarder.

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