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Ma vie moins le quart

Episode 8

Perdòname

Hyères, 1927.

En remontant vers la maison, près du jardin cubiste, nous croisâmes un nouvel invité, un chroniqueur mondain dont j’ai oublié le nom. Il avait un appareil photo et proposa de nous prendre tous les deux. Tonio refusa catégoriquement et me poussa au milieu des petits cubes sertis dans le triangle de la proue du navire. Puis il demanda au journaliste la permission de prendre lui-même la photo, comme s’il avait voulu graver l’image de cette jeune fille triste de la fin des années 20.

**********

Ce soir-là, c’était relâche pour les domestiques. Un buffet froid nous avait été préparé sur la pelouse et tout le personnel s’était éclipsé. Je crois me souvenir qu’il y avait un bal populaire en ville. J’avais décidé de mettre de côté mon désespoir pour cette ultime soirée, je voulais profiter de mes dernières heures auprès de Tonio, quitte à m’effondrer après son départ. Toujours fringuant, il arriva tard et quelque peu fébrile. Il venait de finir le chargement de sa voiture.

Les invités ne l’avaient pas attendus pour s’abreuver et les bouchons de champagne sautaient déjà à un rythme effréné depuis un moment. Je me souviens très précisément des dames, parées de leurs bijoux clinquants, riant à gorge déployée, des hommes, un cigare à la bouche, débattant fiévreusement de l’intérêt du beau dans l’art.

Je proposai alors à Tonio d’aller faire quelques pas dans le parc. Lorsqu’il se tourna vers moi, une lueur étrange brillait dans ses yeux.

Il dit : « Perdóname »

Puis il sortit de son veston une arme à feu et tira en l’air.

La détonation me déchira les tympans, les convives crièrent de stupeur puis un grand silence se fit.

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