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Ma vie moins le quart

Episode 6

La visite

Hyères, 1927.

Tandis que Marie-Laure s’étonnait de notre rencontre, je rétorquai, irritée :

« En effet, Monsieur De Longa a cru bon de venir barboter dans la piscine durant ma séance.

– Ma chérie, la piscine ne t’est pas exclusivement réservée » répliqua ma tante.

Puis s’adressant au jeune homme :

« Ne vous inquiétez pas cher Tonio, ma nièce est un peu sauvage. Elle a le coup de griffe facile mais elle n’en reste pas moins un esprit fin et délicat. Dites-moi, hormis la piscine, avez-vous pris le temps de visiter la villa ? »

Il répondit par la négative.

« Et bien voilà une bonne façon de faire connaissance, ma nièce va vous aider à vous familiariser avec le lieu, n’est-ce pas ma chérie ? Monsieur De Longa est un grand sportif, n’oublie pas de lui montrer la salle de squash et le gymnase »

Elle nous planta là en criant « Oui Poupoule, j’arrive ! » à l’adresse de Francis Poulenc qui lui faisait de grands gestes depuis l’autre bout du salon.

« Visiter cette belle demeure avec un esprit fin à la griffe facile est un mélange des plus mystérieux qui ne peut qu’exciter ma curiosité dévorante.

– Monsieur De Longa, je vous remercie de m’épargner votre numéro de joli cœur. Permettez-moi de vous conseiller d’employer cette curiosité dévorante pour vous repérer dans les couloirs de cette maison.

– Voilà une remarque empreinte de la plus grande sagesse », souffla-t-il dans un sourire énigmatique.

Contre toute attente, je pris beaucoup de plaisir à guider ce nouvel invité dans le dédale de pièces qui composait la maison. Derrière sa courtoisie obséquieuse se cachait un esprit vif teinté d’un humour décapant qui me plut. Au-delà de la visite de notre demeure, il se montra très intéressé par les collections de mon oncle et ma tante.

Je fus impressionnée par sa connaissance pointue des œuvres du petit monde de l’art de demain et je fus souvent bien en peine de lui nommer le créateur de certaines pièces. Il sortait alors un petit carnet de la poche de son veston et réalisait un croquis de l’œuvre dans le but de glaner ensuite l’information auprès de Marie-Laure ou de Charles.

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