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Ma vie moins le quart

Episode 5

La piscine

Hyères, 1927.

La plupart du temps, je laissais cette bande de fous joyeux à leurs doux rêves et je jouissais, solitaire, des beaux jardins qui s’ouvraient sur la baie dans laquelle se reflétaient les trois îles immobiles. Je lisais confortablement installée dans un fauteuil étrange inventé par un artiste qui n’avait pas encore de nom. Je rêvais à la vie d’aventures que je voulais, faite de voyages et de découvertes extraordinaires. Je profitais des heures chaudes pendant lesquelles les furieux créatifs somnolaient pour me rafraîchir dans la piscine sur le toit de la maison ou bien je trainais dans les couloirs comme dans un musée, m’interrogeant sur les imaginations diaboliques desquelles avaient pu sortir le mobilier, les créations picturales et les objets de décoration qui jalonnaient mon parcours.

C’est par une après-midi de chaleur écrasante que je fus dérangée dans mon bain solitaire sur le toit. Perdue dans mes pensées, je me laissais flotter sur le dos en observant les motifs géométriques qui ornaient la partie couverte de la piscine, quand je sentis un léger remous. Je levai la tête et constatai indignée qu’un jeune homme s’était glissé dans l’onde. Il nageait, silencieux, sans un regard pour ma solitude flouée. Agacée, je sortis de l’eau, attrapai ma serviette et quittai le lieu d’un pas décidé.

Mais au dîner, je ne pus échapper à l’importun qui me fut présenté par ma tante. Il s’appelait Tonio De Longa. Il était marchand d’art.

« Heureux d’être enfin présenté à la délicieuse créature aquatique qui hante le toit de cette maison » déclara-t-il avec ironie tout en me serrant la main.

Très élégant dans son frac, il parlait avec un léger accent. Je supposai qu’il devait être espagnol.

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