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Ma vie moins le quart

Episode 4

Hyères ou l'art de demain

Hyères, 1927.

C’est par une belle journée d’été que je posai mes valises dans cette « petite maison intéressante à habiter » commandée par mon oncle Charles à l’architecte Robert Mallet-Stevens qui s’arrachait les cheveux depuis le début de la construction voilà quatre ans. En cause, les exigences et volte-faces de son client aussi riche que pointilleux. Mais le résultat valait la peine et je fus immédiatement séduite par ce jeu de cubes et de lumières qu’était devenu ce château avant-gardiste. Rien n’était comme ailleurs ici : la maison était un dédale de couloirs et de pièces somptueusement décorés par des artistes en avance sur leur temps. Tourné vers la mer et ses îles d’or, les jardins méditerranéens en restanque offraient un délicieux havre de paix à ma solitude choisie.

L’empire financier de ma famille permettait à ma tante et son mari d’assouvir leur passion commune : encourager l’art moderne au sens large. Peintres, sculpteurs, musiciens, écrivains, cinéastes, créateurs de meubles ; tous les artistes en herbe étaient susceptibles d’enthousiasmer le portefeuille de Marie-Laure et Charles à l’unique condition que leurs créations fussent avant-gardistes. Tout ce petit monde se retrouvait dans leur hôtel particulier parisien ou dans leur curieuse maison du sud. Hyères, un nom qui sonne comme un souvenir oublié… C’est pourtant là qu’ils avaient décidé d’écrire le futur de l’art.

Se côtoyaient ici des artistes déjà connus et d’autres en devenir. Chaque jour de nouvelles têtes apparaissaient tandis que d’autres repartaient voguer vers de nouvelles aventures, d’autres mécènes. On profitait de ces séjours chez les Noailles pour échanger autant de cartes de visite que d’idées, on inventait l’avenir au cours d’interminables repas à l’occasion desquels on fumait et on buvait jusqu’à l’étincelle de génie. Plus les idées étaient farfelues, plus on croyait au chef d’œuvre en gestation et chacun y allait de ses fantaisies les plus loufoques dans une compétition qui se voulait bon enfant mais qui me semblait friser le ridicule.

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