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Ma vie moins le quart

Episode 1

Mort à Monte Carlo

Monte Carlo, été 1948.

Je cours à en perdre haleine, ma gorge est en feu, mes poumons sur le point d’exploser. Ils ont lâché les chiens, j’entends leur cavalcade à nos trousses ; ils aboient, excités par la terreur de leurs proies. Nous dévalons les jardins méditerranéens qui s’étendent jusqu’au rivage où nous attend la petite vedette que nous avons discrètement rangée cet après-midi, dans le creux d’une minuscule crique située en contrebas, en prévision d’une évasion qui aurait dû être discrète.

Mais notre mission a mal tourné : ce soir, nous nous étions invités chez un riche collectionneur russe, nous étions Lord et Lady Carnavon. Fondus dans la masse des invités, nous devions nous évaporer avec un petit Brancusi tout juste sorti de l’atelier. Nous aurions dû savoir que les Carnavon et le russe s’étaient croisés en Suisse pendant la guerre. Mais le conflit mondial a considérablement brouillé les codes en vigueur dans le gotha européen, les cartes sont rebattues, nos méthodes de travail erronées et nous courrons droit à la catastrophe.

Ma robe longue de cocktail me gêne dans ma course effrénée, il y a longtemps que j’ai jeté mes talons hauts et mes pieds nus sur le terrain accidenté sont en sang. Enfin, au détour d’une allée, j’entrevois la surface plane et argentée de la mer. Au milieu des aboiements des chiens, j’entends des hommes vociférer :

« On va les avoir, ils sont là, vite ! Encerclez-les ! »

L’adrénaline et la peur envoient des décharges dans mes jambes et je trouve la force d’accélérer encore.

Le petit bateau est en vue, Tonio saute à bord, met les moteurs en marche et me tend la main. Alors que nous quittons en trombe le rivage, je distingue les chiens déchaînés sur la plage. « Cette fois nous nous en sommes sortis, me dis-je, mais qu’adviendra -t-il de la prochaine ? Nous devons raccrocher. »

Les hommes ont rejoint les chiens sur le sable et des coups de feu retentissent. Je me tourne vers mon complice : essoufflé, concentré sur notre fuite, il me jette malgré tout un grand sourire, avant de s’effondrer brusquement. Une balle vient de l’atteindre en pleine tête et les flots poisseux de son sang chaud se déversent à mes pieds jusqu’à inonder la cale.

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