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La Lande

Episode 5

Taran

Ils marchèrent longtemps. Leur malaise ne fit que grandir. Les tapis de feuilles mortes s'étaient décomposés depuis des années sans se renouveler : chaque fois qu'ils traversaient des zones boisées, ils s'enfonçaient jusqu'aux chevilles dans un humus noir. Sur les bords des sentiers, des cultures stériles se succédaient. Des ruines de villages luttaient contre la mousse. Kin' remarqua une stèle de pierre plantée au milieu d'un champ. Elle se tenait bien droite comme une dame d'honneur, malgré la mousse brune qui en couvrait les écritures. Cette vision le toucha pour une raison qui lui resta inconnue.

Les arbres colossaux présentaient aux aventuriers leurs troncs éventrés ; parfois, un écureuil rachitique filait devant eux. Le paysage entier semblait pleurer. Aucun d'eux ne prit la parole durant ce trajet. Ils n'en avaient pas besoin pour partager les mêmes pensées.

Dans une clairière, ils crurent voir la carcasse d'une laie au fond de son chaudron. Charon et Alwyn préférèrent ne pas le vérifier et poursuivirent leur route. Le futur-roi s'attarda un instant, la chaleur dans sa poitrine s'intensifia. Un grand corbeau, coiffé d'une houppe blanchie, était descendu sur le cadavre et avait commencé à le mâchonner.

« On a trouvé. »

Ses compagnons de route firent demi-tour de mauvaise grâce. L'odeur de chair en putréfaction était de celles qu'on avait envie de laisser derrière soi au plus vite.

« Ce n'est qu'un sanglier mort, grommela Alwyn.

– Je parle du corbeau. »

Le futur-Roi descendit dans la cuve, glissant sur la vase. Le corbeau tourna la tête pour le regarder, mais ne s'envola pas. Kin' s'accroupit face à lui. L'oiseau avala le bout de chair qu'il avait encore dans le bec, et prit la parole d'une voix rocailleuse.

« Vous êtes… ? »

Kin' le salua de la tête, avec un respect grave.

« Lui c’est Alwyn de Paris, aède. Et Charon, duelliste du Temple de Fortuna.

– Je connais Charrron. Et toi, tu es le Rrroi.

– Futur-Roi. Je m'appelle Kin'. »

Le corbeau fixa son interlocuteur, puis ses yeux noirs se posèrent sur Charon. Enfin, il salua à son tour – d'une légère inclinaison du bec.

« Tarrran, enchanté.

– Taran. Nous aiderez-vous ? Nous cherchons Arthur.

– Arrrthur… »

Un silence tomba sur la clairière grisâtre. Le corvidé leva alors la tête vers le ciel, comme pour y chercher un appui ou une réponse.

« Suivez-moi », croassa-t-il enfin.

Il battit des ailes et s'éleva au-dessus de la forêt morte. Le trio partit donc, yeux levés, sur les traces de Taran. Le trajet leur sembla interminable. Lorsque leur guide amorça une descente, le trio ressentit un soulagement. En contrebas, ils découvrirent une ville importante – ou ce qu'il en restait.

D'un pas lent, les aventuriers s'engagèrent sur ce qui devait être le boulevard principal. Le délabrement des lieux laissait seulement deviner leur splendeur d’antan. Les vitres des fenêtres en ogives étaient éclatées pour la plupart. Une moisissure noire avait rongé les toits et grignotait les hautes façades. La plupart des maisons étaient rabougries comme de vieilles souches. Derrière des portails rouillés, au fond de jardins en jachère, ils entraperçurent des villas. Des chefs d’œuvre de finesse et de goût abandonnés depuis des décennies.

Le boulevard les mena jusqu'à la place centrale. En son milieu trônait un chêne – le plus grand d'Avalon.

Ses branches dénudées couvaient, tels les bras d'une mère, un quartier encore habité. Certaines fenêtres étaient allumées. Des habitants vêtus s d'étoffes modestes vaquaient à leurs occupations. Beaucoup toussaient.

Devant le chêne, il y avait un vieux rocher et, plantée en son cœur, une antique épée étouffait sous le lierre rouge.

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