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Gueule de bois

Episode 10

22 h 56

Hey,
Je vais devoir me débarrasser de ce portable très vite donc ça sert à rien de me répondre. (Désolée si t’avais déjà supprimé mon numéro, mais tu vas devoir recommencer.)
Je pense qu’on se reverra pas. Enfin j’espère, je vais tout faire pour disparaître le plus loin possible, ça va passer ou pas. J’avais un peu prévu comment m’organiser sans papiers au cas où ça dégénérerait mais bon, la police française est p’t’être plus efficace que ce qu’on croit, qui sait. Si je me fais prendre, je t’en voudrai pas de pas venir me voir en prison, j’ai bien compris que t’as des petits problèmes avec le concept de sentiments, et je te cache pas que c’est pas mon truc non plus.
Je suis curieuse de ce que ça aurait pu donner quand même.
Bref.
Des milliers de remerciements ne suffiraient pas à exprimer ce que je te dois pour cette nuit. Je te souhaite le meilleur.
Moi aussi je t’aime.

À cet instant, je réalise que c’était moi depuis le début, la carte SIM et les clés disparues, les messages écrits de la main gauche, à part celui dans mon dos que j’ai dû demander à Zoé d’écrire elle-même, les somnifères pour me maintenir plus longtemps dans les brumes du sommeil éthylique, le code du cadenas changé. Elle a eu connaissance du crime peu après l’acte, elle m’en a avertie et je l’ai aidée. J’ai fait disparaître toutes les preuves et puis j’ai tout mis en œuvre pour me retenir moi-même le plus longtemps possible d’appeler la police et de donner des informations, je me suis empêchée de sortir mais je me suis tenue distraite pour m’empêcher de filer à travers la campagne pour demander de l’aide aux voisins. Tout ça, j’ai trouvé la force de le faire ivre morte. Tout ça pour laisser à Zoé le temps de s’enfuir avant que je ne reprenne mes esprits.
Parce que je savais que sobre, je refuserais de laisser les sentiments prendre le pas sur le devoir, même si j’ai tout de même essayé de m’amadouer avec des souvenirs des rares moments d’intimité passés avec cette fille.
En fin de compte, je me suis fait gagner cinq ou six heures avec les somnifères, et encore quelques heures avec les post-its. J’ai tout donné pour une petite dizaine d’heures.
Je pourrais essayer de me faire croire que c’est Zoé qui m’a forcée. Mais je sais bien au fond de moi que je n’avais pas besoin d’elle pour ça.
C’est bien pour ça que j’ai commencé à boire, dès le début, dès que je l’ai vue, non ? Parce qu’inconsciemment, je savais que je ne m’autoriserais à adresser la parole à Zoé qu’avec trois grammes dans le sang. Parce que je suis trop fière, trop adressée par la droiture, trop obsédée par le contrôle pour assumer que Zoé me brûle de l’intérieur.
Mécaniquement, mes doigts composent le 17.

« Bonjour. J’ai des informations à vous donner sur une affaire de meurtre, proxénétisme et trafic de stupéfiants... »

Ma voix se brise avant la fin. J’espère qu’elle est assez loin.

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