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Casting pour New York

Episode 9

Castille retrouve Bob

Castille fut levée tôt ce dimanche, il faisait encore nuit. Elle était installée pour prendre son petit déjeuner quand elle sentit un courant d’air lui chatouiller les mollets. Après une brève investigation, elle découvrit que le vent s’engouffrait par une porte de la buanderie qui ne semblait pourtant pas donner dehors. Elle était fermée à clé. La jeune femme ne voulait pas faire l’indiscrète et ne chercha pas à l’ouvrir, mais quand même, comme c’était “chez elle”, elle voulu tenter de percer le mystère. Son petit déjeuner allait attendre.

Sa curiosité était piquée à vif depuis sa conversation de la veille avec Nadège, elles avaient extrapolé au sujet de la disparition de Bob. Les deux jeunes femmes avaient l’imagination fertile et un goût prononcé pour les polars. Elles avaient même réfléchi à des noms si jamais elles venaient à ouvrir une agence de détectives privées, sans jamais s’être décidées. C’était devenu un gimmick entre elles.

En bonne enquêtrice, Castille commença par chercher la clé. Elle passa sa main sous quelques meubles, regarda dans des tiroirs, dans la penderie de l’entrée, rien. Puis elle tenta avec la clé de la porte d’entrée en se disant que ça devait être un pass.

Bingo ! C’était le sésame. Prudente elle chercha l’interrupteur. Un éclairage au néon peu engageant éclaira le bas des escaliers. C’était donc la cave. Les marches étaient raides et en béton. En bas, la pièce était plutôt étroite, il n’y avait un vélo, quelques couvertures sur une étagère et un congélateur coffre. C’était tout. Castille fût à la fois rassurée et déçue. Elle s’attendait à autre chose. Elle allait remonter quand quelque chose attira son attention. Un morceau de tissu dépassait du congélateur.

Elle eut un flash et son sang ne fit qu’un tour. Elle repensa au morceau de tissu dépassant du coffre de la voiture de Robert. C’était le même. Tétanisée elle ne savait que faire. Finalement, elle prit la manche de son gilet dans sa main pour saisir la poignée et ouvrir. Elle voulait en avoir le cœur net.

En effet, Bob n’était pas près de revenir, son cadavre était là, figé dans la glace.

Castille lâcha la porte et mis ses mains devant sa bouche pour ne pas crier. Elle ne savait pas quoi faire mais n’avait qu’une envie : fuir sans rien dire. Elle remonta quatre à quatre les marches. Referma la porte à clé, remis la clé dans la serrure de la porte d’entrée et monta dans sa chambre. Elle agissait comme un automate.

Elle prit le temps de s’asseoir sur son lit et de souffler. Intérieurement elle se faisait un plan pour s’échapper car elle ne voulait pas prendre le risque de rejoindre Bob.

Elle se reprit, se dit qu’il fallait faire léger mais efficace pour les “bagages”, même si elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle pourrait aller, elle envisagea d’abord de se confier à la police, puis elle repensa à son arrivée à la douane, passage tranquille, comme une fleur. Pas de questions, rien, car elle était avec Robert. La police devait aussi connaître Robert et donc elle allait s’attirer des ennuis à coup sûr. Elle opta pour garder le strict minimum dans les poches de son blouson et elle enfila ses baskets.

Le soleil s’était levé depuis sa découverte. Elle avait tenté de manger quelque chose mais rien ne passait. Elle se demandait comment allait se passer cette journée. Est-ce qu’elle allait croiser Robert ? Comment allait-elle pouvoir partir discrètement ? Prétexter une visite de New York ? Il fallait jouer serré et ne rien montrer. Sa vie en dépendait.

La sonnette de la porte d’entrée retentit. Castille retint son souffle et son cœur battit à tout rompre. Elle n’osa pas bouger le temps de trouver une solution, une parade. Elle avait l’impression que c’était écrit sur son nez qu’elle venait de découvrir le cadavre de Bob dans la cave.

Robert s’impatienta. Il prit les devant et entra sans faire de bruit. Castille mettait beaucoup trop de temps à lui ouvrir…

Castille descendit doucement au rez de chaussée, en tentant de maîtriser sa respiration. Elle cherchait à gagner du temps, elle avait peur. Dans un premier temps, elle ne vit pas Robert, mais avait une drôle d’impression, comme si elle était observée. Quand il se leva et lui fit face, Castille était à la fois surprise et terrorisée. Elle eut le souffle coupé.

« Robert ! Qu’est ce que tu fais là ? Pourquoi tu es entré sans frapper ?

– Bonjour Castille. Je suis chez moi.

– Oui bien sûr mais enfin là…

– Enfin là quoi ? »

La voix de Robert avait changé du tout au tout, se faisant menaçante. Une veine énorme sortait de son cou et ses yeux étaient presque exorbités.

Castille regarda la pièce pour analyser la situation, ce qui n’avait pas échappé à Robert. Mais il savait qu’elle n’irait pas bien loin.

La jeune femme tentait de ne pas montrer sa peur mais son cœur battait à tout rompre. Robert se tenait évidemment entre elle et la porte de sortie. Elle n’avait aucune chance de lui échapper et, quand bien même, elle ne pourrait pas se réfugier auprès des autres employés car personne ne travaillait le dimanche.

« Tu regardes par où tu peux partir ? Mais pour aller où Castille ? »

Il rit ; un rire nerveux et menaçant.

« Tu vas me suivre bien gentiment. Ne pas broncher et…

– Et ?

– Et on verra ! Tu le fermes maintenant et tu viens avec moi. »

Robert n’était visiblement pas armé. Castille cherchait toujours une échappatoire, sans succès.

La jeune femme n’avait encore jamais réalisé à quel point il était grand et musculeux. Quand il la prit pas le bras, elle eut tellement mal qu’elle ne pu réprimer un cri.

« Oh tu ne vas pas loin. Tu vas à la cave. Tu n’avais pas encore tout visité dans cette maison. »

Castille tremblait. Robert la jeta au bas des escaliers sans allumer la lumière. La pénombre régnait mais l’obscurité n’était pas complète car il s’agissait d’une de ces caves construites en demi-niveau dotées de petits vasistas.

Il la laissa là.

« Ne bouge pas. Je reviens avec une surprise. »

Il claqua la porte et Castille, sans savoir pourquoi cria :

« Mes cachets Robert, mes cachets ! »

Elle espérait l’amadouer et, pourquoi pas, profiter de la situation. Cela ne fonctionna visiblement pas. Elle respira profondément pour garder son calme au maximum.

Elle resta un moment dans la cave. Tout allait très vite dans sa tête. Elle chercha un peu de réseau, mais il n’y en avait pas. Et puis pour appeler qui ? Elle sentit la ficelle dans sa poche et cette phrase de Polo lui revint en mémoire : Ça peut sauver une vie, la tienne.

À tâtons, elle essaya de trouver des points d’attache. Elle tira la ficelle comme elle put en espérant qu’elle tienne.

Puis elle fit du bruit avec ce qu’elle trouva dans la cave. C’est à dire pas grand chose. La pompe à vélo suffirait. Elle entendit des bruits de pas. Robert devait fouiller, chercher ses papiers peut-être, il pouvait toujours chercher. Elle reprit sa litanie :

« Mes cachets, mes cachets, Robert... »

La porte s’entrouvrit. Castille se mit à tousser en disant faiblement :

« Mes cachets, mes cach… »

Robert ne comprenait pas et ne voyait plus la jeune femme. Il descendit car il n’entendait plus un bruit et son pied resta bloqué en arrière. Il dévala l’escalier la tête la première. Castille, bondit par dessus son corps gémissant et réussit à sortir puis à bloquer la porte avec une chaise. Cela devrait lui accorder quelques précieuses minutes pour prendre la fuite.

Elle courra sans se retourner, se cachant sans trop savoir pourquoi sur le bas côté de la route dès qu’elle entendait une voiture. Elle arriva à la gare et prit la direction de Harlem. À part Dennys, Castille n’avait personne vers qui se tourner.

Dans le train, elle n’était pas tranquille, elle s’attendait à voir Robert surgir à tout moment. Elle finit par se calmer et envoya un message à Gloria :

Bonjour Gloria. Je suis en danger. Robert est fou. Que dois-je faire ? Si vous n’avez plus de nouvelles de moi, contactez la police. Merci.

Castille voulait économiser sa batterie. Dans la précipitation elle n’avait pu la prendre avec elle. Or elle savait qu’elle ne retournerait pas chez Robert et que sa journée imprévisible risquait d’être longue.

La réponse de Gloria ne se fit pas attendre :

Castille. Robert a proposé à Nadège de venir mais lui a dit de ne rien te dire pour te faire la surprise. J’étais perplexe mais j’ai fait confiance. Désolée. Voici le numéro de son vol. Je ne sais pas à quelle heure elle doit arriver à cause du décalage horaire. J’espère que tu es à l’abri. A très vite tiens moi au courant dès que tu peux. Je t’embrasse fort.

Castille eut les larmes aux yeux en lisant les mots de Gloria. Elle ne savait pas si elle devait se sentir soulagée de revoir bientôt son amie ou s’inquiéter qu’elle ne tombe à son tour dans les griffes de Robert. Elle se reprit vite pour ne pas rater sa station, il fallait absolument qu’elle retrouve Dennys.

De son côté, Robert se relevait de sa chute. Il était sonné. Il aurait dû l’attacher cette garce, il était trop sentimental. Ça lui apprendra. Intérieurement il se disait : Robert, tu files un mauvais coton. Je t’ai connu beaucoup plus organisé. Reprends toi et tu n’as pas de temps à perdre mon vieux. Il eut du mal à se relever. Il se demandait où il les choses avaient commencé à lui échapper. Il fallait qu’il réagisse vite, très vite.

Par moment il se raisonnait en se disant qu’il n'y avait rien de grave, que le fait d’avoir Nadège avec lui allait lui permettre de contrôler Castille. Il retomberait sur ses pattes, tel un félin, comme il l’avait toujours fait. Robert souffla pour tenter de se détendre. Il avait mal au crâne et ses genoux étaient en compote.

« Castille, tu vas me le payer, petite garce », prononça-t’il à haute voix d’un ton guttural.

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