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Casting pour New York

Episode 7

En route pour New York et Castille papote avec Dennys

Castille fut rassurée de n’avoir pas entendu de bruit et surtout de voir que les chaises n’avaient pas bougées pendant la nuit.

Elle se prépara puis demanda à Robert si il pouvait la déposer à la gare.

« Au fait il rentre quand Bob ?

– Je ne sais pas trop, il a une souci de famille et du coup je lui ai dit de faire comme il pensait. Tu sais Bob il est un bon employé alors il faut garder ses gens et faire attention.

– Oui je comprends, c’est normal. À propos d’attention, tu as toujours ton tissu qui dépasse du coffre.

– Ah oui ! Je dois voir et puis j’ai faire un chose d’autre. »

Castille regarda Robert rougir légèrement. Il semblait gêné.

Une fois dans le train, le nez dans son bouquin, elle attendait Dennys avec impatience mais ne le croisa pas. Elle passa la journée dans la Grosse Pomme et trouva des petits cadeaux pour ses amis. Des bricoles, des boules à neige, Gloria les adorait, un plan de la ville pour Nadège en prévision de sa prochaine venue, un livre sur le Guggenheim pour Polo. Des M&M’s de toutes les couleurs. Castille ne manquait pas d’idées et elle avait le choix.

Elle prit le ferry pour se rendre à Staten Island et admira la statue de la Liberté en se disant qu’elle irait la visiter avec Nadège. Elle profita de la traversée pour découvrir de nouveaux lieux, sentir le vent dans ses cheveux en se laissant bercer par le roulis du bateau.

La journée passa tranquillement, la jeune femme ne voulait pas cavaler mais juste profiter, se détendre et flâner. En avance, elle admira la gare avant de prendre son train.

Les pas du “danseur de claquettes” la tirèrent de ses pensées, Dennys affichait toujours son grand sourire.

« Hey ! Saperlipoupette ! C’est comme ça qu’on dit ? Comment ça va ?

– Bonsoir Dennys. Ça va bien merci. Oui c’est à peu près ça mais “Saperlipoupette” c’est top je trouve !

– Tu profites de New York, ca te plait ?

– Oh oui ! Je suis allée à Staten Island aujourd’hui.

– Bien. Tu essayes de faire des castings aussi ?

– Des castings ?

– Attends, je reviens. »

Dennys alla contrôler les wagons. Il fit vite et revint voir Castille. Il pointa la banquette en face d’elle :

« Je peux ?

– Avec plaisir.

– Le soir je me permets de m’installer pour discuter avec un voyageur parfois ! Sinon jamais, surtout pas le matin !

– Ah bon ?

– Oui. Mais là c’est différent parce que tu veux connaître New York et que je considère que je suis un peu “ambassadeur” de cette ville quand il y a des visiteurs, pour ne pas dire touristes.

– Chouette !

– Je fais comme j’aimerais qu’on fasse pour moi dans une autre ville.

– Belle idée.

– Bon alors tu vas faire des castings ?

– Non, je suis là pour un mois pour commencer, alors je ne fais pas de plans à trop long terme. Et puis je ne sais pas si j’oserais. Pourquoi tu me demandes ça ?

– À New York tout le monde à deux métiers : Celui qu’il exerce et celui auquel il se destine. Le premier alimentant l’autre, enfin dans le meilleur des cas. »

Castille ne comprenait pas trop.

« Le serveur dans la gare, il veut devenir comédien. Le guide de Central Park veut devenir chanteur, etc. Ici tout le monde bosse pour réaliser son rêve en quelque sorte. Enfin tout le monde n’y arrive pas mais ça permet d’avancer. Et puis, contrairement à vous, aux Etats-Unis on n’a pas peur de l’échec, si on rate on recommence jusqu’à ce qu’on y arrive. On prend la vie différemment. Il faut toujours se dire que c’est bien souvent la dernière clef du trousseau qui ouvre la porte !

– Ah j’aime cette façon de voir les choses ! Et toi alors, tu es contrôleur et tu fais des claquettes ? Tu fais des castings ?

– Hum ! Tu sais qu’elle âge j’ai ? J’ai 53 ans ! Ca fait 33 ans que je suis dans mon train ! Alors non je ne cours pas ou plus les castings.

– Pourquoi ?

– Ah bonne question ! Moi c’est différent !

– Comment ça différent ?

– Bon j’avais de l’ambition pour faire des claquettes en effet ! J’ai trouvé ce boulot de contrôleur pour subvenir à mes besoins dans un premier temps. Personne ne choisit de devenir contrôleur de son plein gré, tu sais. Je rêvais bien sûr de courir les castings, je faisais des chorégraphies dans la rue. Oui je me prenais pour Fred Astaire les jours de pluies et maintenant encore je l’avoue ! J’ai tenté, sans succès. Et puis je me suis marié et ma femme est tombée enceinte. Il a fallu penser autrement. Sans regret, j’allais devenir papa, alors j’étais le plus heureux des hommes. Donc je me suis dit, maintenant Dennys tu es contrôleur et après tu verras bien. La priorité c’est ta future petite famille. Mais, je me suis lancé des défis, parce que je voulais apprendre quelque chose chaque jour.

– Ah oui ! Quel genre de défi ?

– Déjà, rien qu’avec les gens que je côtoie tous les jours j’apprends. J’apprends sur les comportements, sans faire l’indiscret j’entends des conversations parfois bouleversantes. Et mes défis, ça dépend des années. J’ai commencé par des poèmes que je me répétais chaque jour. Puis j’ai appris l’espagnol et crois moi ça me sert dans mon boulot parfois. Tu sais on est amené à renseigner les gens alors c’est utile !

– Génial ! »

Castille aimait beaucoup l’état d’esprit de Dennys. Il lui faisait penser un peu à Gloria qui avait beaucoup appris rien qu’en côtoyant les habitants de son immeuble.

Dennys d’humeur bavarde, continua :

« Et quand j’ai eu ma fille, je me suis juré que si je devais rester contrôleur pour faire vivre ma famille il n’y aurait pas de problème, mais que ma toute petite elle pourrait choisir. Bon tu vas me dire que je parle comme un vieux, mais je vivais et je vis toujours à Harlem et, à l’époque, car maintenant ça a beaucoup changé, on pouvait facilement passer du mauvais côté de la barrière, si tu vois ce que je veux dire. Alors, quand Abbie est née, j’ai décidé de mettre un dollar par jour dans une tirelire. Un dollar ce n’est pas beaucoup, mais en additionnant, je peux te dire que ça finit par faire une jolie somme. Et, tu vas rire, sans se donner l’idée, ma femme avait fait pareil. »

Dennys riait et Castille était émue par l’idée et le geste.

« Et ta fille, tu m’as dit qu’elle était à Paris. Elle fait quoi comme étude ?

– Abbie est à Paris, en effet. Elle étudie à l’école Ferrandi. La cuisine, tu imagines ? Je suis fier d’elle. »

Dennys avait des étoiles dans les yeux et la jeune femme presque la larme à l’œil.

« Alors Dennys ? Quand est ce que je t’apprends le français ?

– Ah ah ! Tu sais que si tu restes plus longtemps je veux bien que tu m’apprennes des mots. Tu sais mon rêve, c’est d’aller là-bas pour la voir. Je…

– Tu mets un dollar par jour dans une boîte ?

– Et ma femme aussi. On lui fera la surprise. Enfin on s’y voit déjà mais ce n’est pas pour tout de suite.

– Merci Dennys de m’avoir confié tout ça. C’est précieux.

– Tu ne peux pas t’imaginer ce que certaines personnes peuvent me confier parfois. Comme on ne se connait pas plus que ça mais qu’on fait partie de nos quotidiens, il y a bien des confidences que je reçois. Un curé dans son confessionnal en serait jaloux ! »

Il éclata de rire et Castille aussi.

« À propos ! Tu sais que c’est “tendance” d’assister à une messe en gospel ? Alors si tu veux je t’invite dans notre église dimanche prochain.

– À Harlem ?

– Oui à Harlem ! Tu as peur ?

– Je ne connais pas.

– Je passerai te prendre à la gare si tu veux. D’ici là on se verra dans mon train !

– On en reparle mais oui je suis partante. Merci. »

Le train de Castille arriva. Robert vint la chercher. Castille remarqua que plus rien ne dépassait du coffre…

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