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Casting pour New York

Episode 10

Castille rejoint Dennys à Harlem

Castille courut dans le quartier de Harlem. Affolée, elle se trompa d’église, rebroussa plusieurs fois chemin. Elle s’arrêta un instant pour reprendre son souffle et se demanda si c’était la réalité ou un cauchemar. Elle fut prise d’un moment de panique en réalisant qu’elle était seule dans Harlem. À bout de nerfs, elle vécut comme un flash back de son agression dans le métro. Elle dut s’asseoir un moment. Ses larmes coulèrent. Trois enfants s’arrêtèrent à sa hauteur. Une petite fille prit la main de Castille doucement. La jeune femme leva la tête et lui rendit tant bien que mal son sourire.

« Ça va pas madame ?

– Euh non pas trop là. En fait je cherche un monsieur qui s’appelle Dennys, il habite à Harlem et va à la messe le dimanche mais c’est tout ce que je sais. Il est contrôleur de train, si jamais ça vous dit quelque chose.

– On connaît Dennys, il habite dans notre quartier ! »

Castille n’en croyait pas ses oreilles.

« Et vous savez où il est ? Enfin dans quelle église ?

– Oui ! Dans celle où vont nos parents.

– Vous êtes frères et sœur ?

– Oui mais on n’aime pas aller à la messe. »

Castille éclata de rire. Elle comprenait bien qu’en étant enfant on avait autre chose à faire qu’aller à la messe. Pourtant l’ambiance des gospels était autrement plus sympathique que les cérémonies qu’elle avait connues.

« Vous pouvez m’emmener, c’est urgent ? »

Les enfants acceptèrent gaiement, comme s’il s’agissait d’un nouveau jeu. Dans l’église, la messe battait son plein. Les enfants entrèrent, Castille n’osa pas. Elle vit les gros yeux d’une dame et comprit que c’était la mère de ses sauveurs et qu’ils avaient dû tout simplement sécher l’office. Elle se promit de plaider leur cause pour qu’ils échappent à l’engueulade et/ou la punition.

Son fils ainé lui chuchota à l’oreille. Son visage se radoucit, en reconnaissant aussi peut-être la chanteuse a capella de la fois précédente, et elle vint discrètement à sa rencontre.

Castille expliqua rapidement son cas à la femme.

D’un air décidé elle alla jusqu’à l’autel. La chorale s’était tue peu de temps avant :

Castille vit la femme s’approcher du micro. Personne ne réagit, pensant certainement qu’elle allait lire un texte.

« Pardon d'interrompre cet office... Dennys est demandé par la jeune femme à l’entrée. »

Castille sentit tous les regards braqués sur elle et se mit à rougir comme une tomate. Dennys vint rapidement la voir. Elle s’excusa et lui dit qu’elle avait besoin de son aide. Elle raconta en quelques mots hachés de sanglots ce qui lui arrivait et ce qui risquait d’arriver à son amie Nadège.

Dennys la rassura puis alla lui aussi à l’autel. Il s’éclaircit la voix :

« Mes amis. Je suis désolé d’interrompre cet office à mon tour, mon père, pardonnez ce que je m’apprête à dire. »

Un “Oh !” plus curieux qu’offusqué parcouru l’édifice religieux.

« Mes amis. Dieu est partout mais une amie de mon amie Castille, ici présente, court un grand danger si nous ne nous rendons pas à l’aéroport physiquement et rapidement. J’appelle Clayton pour venir avec moi. Il n y a pas de temps à perdre. Merci. On vous tiendra au courant. »

Le curé sourit en entendant Dennys. Il ne pouvait pas en vouloir à l’un de ses plus fidèles paroissiens.

Clayton et Wanda, la femme de Dennys, les rejoignirent au plus vite et ils prirent tous les quatre la route pour l’aéroport JFK.

En chemin elle fit connaissance avec les autres passagers et expliqua plus en détail son cas. Si Dennys avait fait appel à Clayton c’est parce qu’il travaillait à l’aéroport.

« Tu connais le numéro du vol ? »

Castille lui montra le message de Gloria. Clayton fit une drôle de tête.

« Changement de programme ! Dennys on file à la Guardia.

– Quoi ?!

– Le vol arrive à la Guardia. Je vais appeler un pote pour lui demander de ralentir la cadence de livraison des bagages. »

Wanda renchérit :

« On devrait peut-être appeler du renfort. Si jamais le méchant est arrivé, on ne pourra plus rien pour l’amie de Castille. À plusieurs on pourra mieux gérer, ce sera plus facile pour le flash mob.

– Bonne idée chérie. Appelle qui tu peux. »

Castille se sentait à la fois tendue et rassurée. Voir tous ces gens s’organiser pour elle et Nadège la touchait profondément. Elle était aussi gênée pour le branle bas de combat et un peu perplexe en entendant parler de “flash mob”.

Dennys demanda à Castille :

« Tu as une photo de Robert et une de Nadège ?

– Oui

– Wanda donne lui ton numéro qu’elle te les envoie pour faire suivre à tout le monde.

– Vous faites ça souvent ! J’ai l’impression que vous êtes super organisés.

– On est surtout super intelligents », lui répondit-il dans un fou rire pour détendre l’atmosphère. Il ajouta :

« Tu sais ce qu’on dit : “Tout seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin”.

– Merci pour tout ce que vous faites alors que vous ne me connaissez pas. »

La jeune femme, émue, se mit à pleurer.

« Eh ! Ce n’est pas le moment de pleurer ! Ça va aller je te dis, on s’occupe de tout. J’ai eu mon pote il va faire en sorte de ralentir l’arrivée des bagages. On va gagner du temps.

– Mais Robert connaît beaucoup de monde. À l’aéroport JFK, on n’est pas passé par la douane en arrivant.

– Robert connaît du monde et moi aussi ! On va tout faire et Nadège sera bientôt avec nous. Je te le promets. »

Elle regarda Clayton. Il semblait si confiant. En fond sonore, Wanda appelait du monde en précisant à chaque fois :

« On s’éparpille, on reste discret et on fait le flash mob. Oui celui de d’habitude !

– C’est quoi le flash mob ? »

Wanda regarda Dennys. Ce dernier mit son doigt sur sa bouche comme pour dire chut et regarda dans le rétroviseur.

« Surprise Castille ! Tu verras. Entre nous, ça fonctionne à chaque fois ! »

Tout le monde éclata de rire, la jeune femme se demandait comment ils pouvaient être aussi détendus et sûr d’eux en pareille situation. Ceci dit elle ne leur avait pas parlé du cadavre de Bob découvert le matin même dans le congélateur. Il fallait se concentrer sur Nadège pour arriver à l’aéroport avant Robert.

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