la maison d'édition de séries littéraires

Cabale

Episode 5

Celui dont les rêves se transformèrent en cauchemars 3/3

La question m’a suivi jusque dans mon appartement comme une sale odeur de friture collée à ma peau. Aurais-je le cran d’aller libérer ma sœur, là, maintenant ? Que pouvais-je faire concrètement ? Je veux dire, il n’est pas raisonnable de me dire que je pourrais la sauver en me pointant chez les malfrats avec ma bite et mon couteau. Il me faudrait au moins une arme sérieuse.

Je passai en révision tous les objets potentiellement létaux que j’avais chez moi : un couteau de cuisine à lame épaisse, une pince à métaux, une visseuse/perceuse à piles. Rien. Mon père avait un flingue au moins, lui. Partant de là j’essayai de me mettre à sa place. J’ai mon semi-automatique de fonction sur moi. Et une matraque. Je connais les types qui ont pris ma fille, personnellement, je sais ce qu’ils valent et ça doit être gratiné puisque l’un d’entre eux a tué huit personnes pour l’enlever. De plus, je ne suis pas vraiment du genre homme d’action. Si je veux agir vite je dois les affronter seul, sinon cela signifierait me griller dans la police. Non. Impossible. À sa place je ferais comme lui, je chercherais à lui foutre un délit quelconque au cul par n’importe quel moyen pour pouvoir enquêter chez lui.

Ma mère m’a parlé de deux gardes du corps. Ça a du faire tâche de trouver leurs cadavres dans la grande maison fraîchement achetée par un honnête flic. Il doit avoir tous ses supérieurs aux basques et peut tirer un trait sur la voie légale. Tout bien réfléchi, je conclus que je n’aimerais simplement pas être à la place de mon père. Et moi, d’où j’étais, je ne pouvais rien faire à part me droguer fort pour oublier.

J’appelai l’une de mes connaissances pour lui demander s’il pouvait m’accompagner voir l’une de ses connaissances. Le type était un petit portoricain qui roulait des yeux quand il parlait. C’était fascinant. Il me présenta trois produits qui venaient d’Indonésie, de Thaïlande et de Colombie.

« Le premier c’est pour te poser un coup, l’effet est plus bref mais très frais. C’est reposant. Très frais. Le deuxième c’est pour triper, tu vas voir des trucs et couler profond. Et le troisième… C’est du lourd. Un truc qui vient de sortir en Colombie – j’suis obligé de l’faire plus cher parce que tout le monde se l’arrache c’est ouf – mais ça déchire sa race », il m’a dit avec un sourire de vendeur chez Porsche.

Ce qui signifie qu’il me proposait de l’héroïne coupée respectivement à 90%, 60% et 30%. Vendre de la drogue n’est pas qu’une activité de brute. Dans ce commerce comme dans les autres, la communication a son importance. Sauf que dans ce commerce le client ne risque pas de porter plainte s’il se rend compte qu’on l’a pris pour un pigeon. J’ai pris la plus forte et j’ai dit merci. Il m’a bien servi, ce qui voulait dire qu’il s’attendait à me revoir et que je pouvais maintenant lui rendre visite sans passer par un tiers.

En arrivant chez moi je me suis shooté sans même prendre le temps d’enlever mes chaussures. Intraveineuse direct, comme un affamé. J’ai mis la musique à fond, des trucs électroniques qui m’évoquaient la nature humaine genre The Chemical Brothers ou The Bloody Beetroots, et je suis parti.

L’effet n’a pas mis longtemps à venir. Une dizaine de minutes tout au plus. Mon canapé a pris la forme exacte de mon corps et la musique a pris la forme exacte du bonheur. Un bonheur agressif, déterminé à péter la gueule au moindre bout de malheur qu’il croiserait.

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter