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Cabale

Episode 4

Celui dont les rêves se transformèrent en cauchemars 2/3

Vers minuit j’étais de bonne humeur. Il y avait eu cette histoire, pas beaucoup de clients, on allait fermer, j’ai fait un tour aux chiottes et ensuite tout coulait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Puis ma mère a débarqué. Comme je vous l’ai dit ça faisait un bail que je ne l’avais pas vu et d’abord j’ai vraiment eu du mal à la reconnaître. Il faut dire qu’elle était amochée. Sa bouche était tuméfiée, il lui manquait deux incisives et une canine, mais toutes ces marques n’étaient rien comparées à ses yeux. Son regard avait été brisé aussi sec qu’un tibia par un mauvais tacle.

En m’adressant la parole elle fixait le vide devant moi. Elle me dit :

« Mon chéri, j’ai une mauvaise nouvelle. »

La dernière fois qu’elle m’avait adressé la parole c’était pour me dire que j’étais une sous merde. Tout à coup j’ai eu très peur. Une sorte de culpabilité complètement enfouie a brisé beaucoup trop de couches de mon inconscient pour refaire surface, j’étais carrément groggy.

« Ta sœur s’est fait enlever par un collègue de ton père. Ça fait deux jours qu’on est sans nouvelles. »

Elle a prononcé ça d’un air mécanique et zozotant. C’était irréel. Ma sœur avait cinq ans, il y en avait quatre que j’étais parti de la maison. Son image me revint et faillit me faire exploser. Je passai de groggy à KO. Ma mère se jeta dans mes bras. Je la serrai fort, plus pour me faire pardonner que pour la réconforter. Tout s’écroula autour de nous. Je ne sais combien de temps plus tard, mon patron surgit du noir pour nous demander si tout allait bien.

Je lui répondis machinalement que je démissionnai parce que c’était qu’un connard et le menaçai de le balancer aux flics quand il commença à m’insulter. Il me répondit que si je faisais ça je plongeais aussi parce que je n’étais pas vraiment clean dans ses combines, mais je savais très bien que je n’entendrais plus jamais parler de lui. Je m’en foutais. On est parti.

Presque sans mot dire on s’est installé dans un autre bar et on a pris une bière. Ma mère l’éclusa plus rapidement que moi. L’idée que c’était grâce à ses dents manquantes me vint et tout de suite je la rejetai. Je me suis toujours dit que la dérision était bénéfique quel que soit le sujet abordé, j’avais tort.

« Ton père dit qu’il remue ciel et terre, il passe ses nuits au poste, fait faire des heures sup’ à ses collègues, mais c’est de la poudre aux yeux. Il sait la vérité. Tu seras peut être fier d’apprendre qu’il s’arrange avec la pègre depuis plus de deux ans pour nous payer de petits extras. Au début je lui ai dit que j’étais contre mais quand il a commencé à nous emmener partout en vacances sans que notre rythme de vie en soit changé pour autant, j’ai fermé les yeux. Puis tout est allé très vite. Il a été promu, on a déménagé, tout était parfait jusqu’à il y a trois semaines. Il a commencé à découcher, quand il rentrait c’était un vrai zombi, rongé par les tics. Il a embauché deux gardes du corps qui nous suivaient partout… Et un jour un homme est venu chez nous… »

Elle fut stoppée par un sanglot qui remontait de loin. Ça l’a pliée sur la table. J’ai posé ma main sur la sienne, toujours sans trouver quoi dire.

« Il a tué les deux gardes et six policiers pour enlever Amandine ! a-t-elle gueulé. Huit personnes ! La moitié dans notre jardin ! Un de nos gardes a réussi à lui arracher la moitié du visage mais ça ne l’a même pas ralenti… »

Puis elle s’est remise à pleurer. Moi, j’en étais arrivé à un stade où elle aurait pu m’expliquer que les martiens avaient rappliqué pour embarquer mon père, je l’aurais crue. La réalité avait surpassé la fiction.

« Il avait un… un masque. Blanc. Un masque blanc, dit-elle en hoquetant. »

C’était guère mieux que les martiens.

« Tu l’as dit à Papa ?

– Bien sûr que je lui ai dit ! Il a eu tous les détails crois-moi ! Il a tiré une tête qui puait la culpabilité quand je lui ai parlé de ce type, Sam. L’homme au masque blanc m’a clairement dit de saluer ton père de la part de Sam. Mais c’est un sale couard. Il se pisse dessus alors que je suis sûr qu’il sait où elle est. Mon bébé… »

Et c’est reparti pour une crise de pleurs suant la rage. La scène mélodramatique à fond. Tout le monde alentour nous matait. Même si j’aurais probablement fait la même chose je les haïssais. Du coup je me suis levé et je suis allé payer. Ensuite j’ai proposé à ma mère de la raccompagner, c’était par pure forme puisque je n’avais pas le permis. Un moment j’ai craint qu’elle ne veuille dormir chez moi. J’aurais dit oui mais j’aurais eu du mal à le supporter. Elle croulait tellement sous la tristesse que je ne lui était d’aucune aide, son fardeau n’aurait fait que m’écraser avec elle. Mais elle n’a rien dit et elle est partie.

Alors qu’on se quittait, elle s’est retournée pour me demander :

« Et toi, tu irais la libérer si tu savais où elle était ? »

J’ai dit oui, évidemment, puis je suis vite parti car je n’en étais pas si sûr.

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