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Cabale

Episode 3

Celui dont les rêves se transformèrent en cauchemars 1/3

La voiture et l’appart à assurer, la vie de famille et les gamins qui crient, l’enfermement et l’exclusivité de ces putains de pavillons de banlieues : il faut nous comprendre, tout dans notre vie n’est que mise en garde du futur. De la tête grise de fatigue de nos parents au temps qu’il fait. Toujours plus froid, toujours plus moche. Les films qu’on regarde, les magazines qu’on lit, la moindre pauvre pub collée sur un mur d’immeuble, tous scandent l’apologie de la jeunesse.

Nous, les jeunes, nous sommes en train de profiter des meilleures années de nos vies. Alors qu’importe si les vieux sont plus qualifiés, plus sérieux etc. On garde la priorité, c’est nos meilleures années qui sont en jeu les gars, vous c’est fini, vous n’avez plus que vos souvenir et quelques substrats pour mettre du piment dans vos vies. Laissez-nous construire les nôtres.

C’est plus ou moins sur cette idée que j’ai commencé la drogue. Même si à l’époque ça se réduisait plus à une vérité aveugle comme “Si j’essaie pas je saurais jamais ce que ça fait”. Une formule qui, si insignifiante qu’elle puisse paraître, conduit les jeunes gens de mon espèce à faire toutes les conneries imaginables sans autre but que celui de les faire. Le plus beau c’est qu’avec le recul on ne regrette rien. Les conséquences s’effacent petit à petit, seuls restent les faits. Du coup je me dis que même si ma vie actuelle m’apparaît comme complètement vaine, peut-être mes actions prendront-elles leur sens dans quelques années. J’agis par sagesse anticipée.

Vers 14h du mat je me lève. Souvent je suis dans le brouillard une bonne heure avant de vraiment m’activer. Ensuite mon emploi du temps est complètement libre jusqu’à 18h, heure où je commence mon service au bar. Je finis à 2h puis à nouveau mon emploi du temps est complètement libre. Voilà ma journée type. Libre. Et encore je ne travaille que quatre fois par semaine.

Les vieux cons penseront que je vis aux crochets de la société et ils auront totalement raison. Je suis inscrit à la fac et sa sainteté le statut d’étudiant veille sur moi : aides au logement, sécu, pas d’impôts... ça plus la pension de parents que je ne vois plus et la vie est belle comme une page blanche.

Bien sûr ça ne veut pas dire pour autant que tous les jours il m’arrive un truc du genre de la fille et du GHB. Même la liberté comporte son lot de monotonie. Sans être tout le temps captivante elle me permet quand même de pratiquer du loisir à outrance : jeux vidéo, films, livres, internet, soirées le matin, l’après-midi, parfois même le soir. Donc forcément quand Pénélope-qui-s’appelait-Marina est revenue me voir amoureuse jusqu’aux ongles d’orteils ça m’a fait tout bizarre. D’un côté j’avais une opportunité de stabilité avec une bombe sexuelle mais tout le reste pesait de l’autre.

Elle par contre ! Quand elle est rentrée dans le bar elle a tellement usé de ses charmes qu’elle s’est retrouvée à court de mimiques en deux minutes. Ça ne l’a pas gêné, elle a recyclé. Elle m’a expliqué qu’elle avait pas mal réfléchi (sourire pincé) et qu’elle aussi elle craquait pour moi (tête cochonne) et que, par conséquent, elle était d’accord pour qu’on se revoie (resserrement de poitrine). Sur le moment je n’ai compris que la gestuelle, je ne me souvenais pas lui avoir soumis l’idée qu’on se revoie un jour. Quand je lui demandai elle eut un rire gêné et me dit naturellement « tu m’as dit que tu m’aimais ».

Effectivement, ça je m’en souvenais, mais ce n’était pas du tout un “je t’aime” qui amenait à réfléchir. C’était un je t’aime métaphorique, tout à fait impersonnel. Je me souvenais pourtant d’avoir dit ça aussi, mais pas si elle était présente quand je l’ai dit. Probablement à cause de la drogue, mais je lui pardonne. Le souvenir de son corps contre le mien, lui, était bien présent et m’empêchais catégoriquement de répéter mon sentiment.

Même si son jeu de séduction me paraissait plus grossier que la fois précédente (probablement à cause de ma sobriété, difficilement pardonnable cette fois-ci) elle n’en restait pas moins belle à faire douter un prêtre. Je lui ai répondu que j’étais d’accord pour la revoir, elle m’a directement invité chez elle, j’ai dit ok. C’était parfait. Comme nous n’avions pas grand-chose à nous dire elle est repartie comme elle était venue, sans même consommer. Mon patron m’a regardé d’un œil noir mais ça a quand même éclairé ma journée.

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