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Cabale

Episode 2

Celui qui n’avait rien demandé 2/2

Le cocu a relevé ma face étalée sur le bureau et a reposé la question plus fort. Je n’ai rien répondu. L’atrocité ridicule de la situation m’avait fait partir un peu plus loin. Quand il a redonné un coup sur ma tête ballottante, j’ai vu la crosse écorcher ma chair et briser mes os mais je n’ai rien senti. Je l’entendais me poser toutes sortes de questions, des plus bénignes – T’as une femme Fognini ? Des enfants ? – aux plus salaces – Elle suce bien Jessica, hein Fognini, elle suce bien ? Tu trouves pas qu’elle y va un peu fort parfois ? Allez Fognini ! Avoue-le ! C’est une morte de faim pas vrai ?! – mais je ne pouvais pas répondre, je flottais au dessus de mon corps.

Puis d’un coup il s’est calmé. Il a redressé la tête, respiré à fond, puis il a souri. Presque chaleureusement. Je me suis dit que ça allait s’arrêter. J’étais reconnaissant.

« Voilà. J’ai perdu mon calme. C’est de ta faute tout ça Marcus. J’étais venu ici pour rendre une visite de courtoisie à Monsieur Fognini. Tu sais que j’abhorre la violence. Mais vois-tu je ne m’attendais pas, en plus, à devoir gérer la trahison de l’un de mes anciens employés. C’est plus fort que moi, ça me fait cogiter. Je veux dire, ce mec ne me connait ni d’Eve ni d’Adam et ne gagne absolument rien à dévoiler sa petite relation avec ma femme. Qui pourrait y gagner ? Un ennemi. Sur ce point nous sommes d’accord, pas vrai ? Pas vrai Marcus ? »

Marcus ne répondait pas et restait encore plus figé que moi qui pataugeais pourtant dans mon propre sang.

« Merde Marcus je suis en train de réfléchir là ! Il me faut un avis extérieur pour être le plus impartial possible alors participe. C’est dans ton intérêt. »

Marcus gigote les mains.

« On est d’accord ! Cependant un ennemi sérieux m’enverrait une menace, un quelconque indice pour que je puisse identifier son identité, histoire que je sache qui je dois craindre, non ? »

Cette fois-ci, il esquisse timidement quelques signes supplémentaires.

« Oui, effectivement, en théorie ça pourrait être une simple stratégie de déstabilisation. Mais dans les fait, qui ? Les ritals et les gangs de natifs n’auraient gardé l’anonymat pour rien au monde. Les bridés à la limite mais ils resteraient sur le plan professionnel, ils attaqueraient un labo ou quelque chose comme ça...

Les seuls à faire ça, justement, c’est nous ! C’est notre marque de fabrique de ne jamais rien signer. Donc ton hypothèse ne tient pas. Ceux qui ont fait ça sont des particuliers, ça explique l’implication de la famille et l’absence de signature. Maintenant reste à savoir qui connaît d’une part mon adresse professionnelle et d’autre part la relation extraconjugale de ma femme.

Cette question, voilà trois jours que je me la pose. Vois-tu, jusqu’à présent trop d’inconnues entraient en compte pour que je puisse aboutir à un résultat convaincant. Plusieurs personnes de mon entourage professionnel connaissent ma femme mais ce sont tous des gens de mon bord. Et même si quelqu’un s’était révolté tout seul dans son coin, après avoir été viré par exemple, il n’aurait jamais eu les moyens d’espionner ma femme jusqu’à trouver une information déstabilisante.

À moins que… Ah ! Je sais que tu es un homme logique Marcus, je suis sûr que tu vois où je veux en venir. À moins que...? »

Marcus haussa les épaules. Le cocu s’offusqua, attrapa ma tête par les cheveux et la montra de sa main libre, puis il répéta « À moins que... ?! », mais le sourd continuait de feindre l’ignorance.

« Merde ! » gueula-t-il en écrasant mon visage sur la vitre froide du bureau.

Solide, elle ne se brisa pas.

« S’il savait d’une source extérieure que ma femme me trompait, ça faciliterait grandement sa tâche. Voilà la solution ! Il faudrait qu’il connaisse personnellement le bâtard qui se tape ma femme ! Ou à la limite qu’il tombe par hasard sur elle alors qu’il faisait un tour à la plage... Quelle est la solution la plus vraisemblable d’après toi ? Réponse A ou réponse B ? Fais gaffe tu joues gros mon coco. »

Marcus resta de glace, le cocu donna un grand coup de crosse dans la vitre du bureau qui se brisa en mille morceaux. Ma tête balançait dans le vide à présent, mon corps était soutenu par l’armature en métal. Il pointa le canon vers le visage de Marcus.

« Réponse A ou réponse B ? Je t’en conjure Marcus ! Réponse A ou B ? »

Marcus fut saisi par le doute, son visage afficha un air de petit enfant perdu dans un corps de 100 kilos. Il ferma les yeux et fit un A avec ses doigts.

« Bien, bien. C’est la réponse A, la plus probable. C’est donc ton frère et toi qui avez essayé de me baiser. Pour ça, vous serez puni. Mais comme tu m’as aidé à élucider ce mystère je vais être plus indulgent. Barnaby ! »

Un type caché derrière un masque blanc apparut.

« Tu coupes la main droite de ce petit con et tu lui colles au train jusqu’à ce que tu retrouves son frère, que tu inviteras à dîner. »

Le sourd s’excita et tenta de fuir mais le masqué l’immobilisa comme l’aurait fait un asiatique dans un film d’arts martiaux.

« Je sais Marcus, continua Sam, toi plus que quiconque, tu dois tenir à tes mains. Mais tu as fait une grosse bêtise, et qui dit grosse bêtise dit grosse punition, c’est comme ça. De toute façon même pour un muet tu as toujours été taiseux, elle ne te manquera pas tant que ça. »

Prostré, Marcus ne bougeait plus. Barnaby sortit un long couteau d’un fourreau caché sous son pantalon.

« Mais non, pas ici malheureux, s’écria le cocu, tu vas en foutre partout dans la voiture ! Fais ça proprement chez lui. C’est d’une punition qu’il s’agit, pas d’une exécution. Je disais donc que tu inviteras Julius à prendre le dîner à la maison. Disons vendredi, 20h. J’espère que tu l’auras retrouvé d’ici là parce que ce weekend on part à la montagne avec la petite, tu te rappelles ?

– Et lui ? demanda le masqué en me pointant du menton.

– Lui aussi il est convié au dîner. Ils se connaissent après tout, ça va être sympa. Mais t’en fais pas je n’aurais pas besoin de toi pour le faire venir. Contente-toi de retrouver Julius et de le convaincre. »

Se tournant vers moi il ajouta :

« T’as entendu Monsieur Fognini ? Je sais où tu habites, je sais où tu travailles et je sais même où tu pars en vacances. Je connais suffisamment ta famille pour savoir que ce con là n’est pas ton neveu. Je passerai personnellement te chercher vendredi soir. Tu ne peux rien dire à la police car il n’y a rien à dire, mais si tu es tenté d’essayer quoi que ce soit je préfère te prévenir : mon entreprise, c’est un peu comme une poule ou un canard, même sans sa tête elle court encore. »

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