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Cabale

Episode 9

Celui qui criait vengeance (1/3)

La vengeance à un nom, elle s’appelle Jessica. Cette pute. Elle ne m’a même pas reconnu alors que j’ai déjà mangé chez elle et tout. Bon, c’était qu’une fois mais quand même, moi ça m’a suffi pour la griller direct quand elle a pointé son nez. Vous le croyez une chance pareille ? Non, bien sûr, d’abord il faut que je vous explique la situation.

Sam est son mari, et c’était mon boss il y a quatre jours de ça. On avait une affaire qui roulait. Mon frangin et moi on était des sortes de freelances qu’il utilisait en dehors de ses gros réseaux de distribution, pour élargir sa clientèle qu’il disait. C’était simple et efficace, comme j’aime. Sauf qu’il critiquait nos méthodes.

Son problème c’est qu’il a une vraie phobie des flics. Un truc de dingue. Il ne comprend pas que ça fait partie du jeu. Je veux dire, s’ils n’étaient pas là tout le monde pourrait aller chercher sa défonce pépère et nous on serait au chômage. C’est justement grâce à eux que les petites gens ont besoin de mecs couillus comme nous pour leur mâcher le travail. Alors les courses poursuites et les fusillades, ça arrive mais ça fait partie du taff. Savoir en gérer une de temps en temps c’est beaucoup plus efficace que de tout le temps se prendre la tête à les éviter pas vrai ?

Mais Sam n’était pas d’accord. Alors il nous a virés. On a reçu une lettre alors qu’on avait un kilo de coke sur les bras (comprenez 60 000 balles), il nous les laissait en dédommagement mais nous interdisait d’utiliser nos anciens contacts. Autrement dit on pouvait se les foutre dans le nez. Le frangin a voulu lui rendre une visite de courtoisie pour lui faire comprendre qu’on ne nous baise pas comme des putes sans payer l’addition, mais j’ai dit non.

La bagarre avec les flics et tout ça, passe encore, mais il y a deux types de violences. La mienne, la violence naturelle et bienfaitrice qui pète un bon coup quand il faut arranger les choses, puis il y a la violence professionnelle. Dans notre métier faut bien savoir faire la différence ou t’es un homme mort. Sam, lui, il fait dans le professionnel comme personne.

La plupart du temps la drogue c’est affaire de famille. Quelle que soit son organisation c’est la taille du groupe qui fait sa force. Nous par exemple, à l’époque, on avait beau être indépendants on était protégés par la Santa Muerte. Un petit gang sympa qui contrôlait notre secteur.

Sam, lui, n’a que Barnaby, son “homme de main” (bien qu’il ressemble plus à un pantin avec son masque blanc).

Voulez savoir comment ils sont arrivés dans le business ? Ils viennent d’un putain de cirque. S’cuzez le langage mais tout de même ! C’est pas banal quoi. Sam était illusionniste et Barnaby un genre d’acolyte qui se faisait découper puis remonter dans tous les sens en souriant. Enfin, en portant un masque de clown avec un gros sourire qui lui barrait le visage. Ça a toujours été son délire. Maintenant, il a enlevé le sourire. Ils tournaient dans toute l’Europe en vivant comme des genres de manouches mystiques puis un jour ils se sont embrouillés avec le patron. Personne n’a jamais su pourquoi.

Alors ils se sont sédentarisés. Rapidement. Comme ils étaient sans le sou ils se sont pointés dans le premier quartier mal famé qu’ils ont croisé. Le reste de l’histoire diffère selon les versions parce que c’est vite devenu la légende urbaine la plus connue du coin mais je vais vous raconter l’essentiel : à part l’étui à guitare que portait Barnaby ils n’avaient absolument rien. Ils ont commencé à parler aux gars du coin qui ne sont pas forcément les plus causants du monde et finalement ils ont réussi à pénétrer dans le bâtiment qui servait de QG au gang local. Là, ils ont fait monter la tension jusqu’à ce que le chefaillon de service se pointe et les menace avec un gun. Barnaby lui est tombé dessus sans poser de questions et le gun a fini dans la bouche du chefaillon et sa cervelle a fini étalée sur un mur.

Ils ont réussi à retenir la plupart des mecs qui avaient assisté à la scène mais forcément deux ou trois s’enfuirent. Ils connaissaient mieux l’immeuble et ils étaient pleins, et puis je soupçonne même ces deux malades de les avoir consciemment laissés se faire la malle.

Forcément tout le quartier s’est mis en branle et c’est de vrais escadrons de la mort qui partirent à l’assaut de l’immeuble de Sam et Barnaby le soir même de l’attaque. Dans l’étui à guitare qu’ils transportaient il y avait un sniper. Le lendemain personne n’avait réussi à entrer ni sortir de l’immeuble et les pertes commençaient à être trop lourdes pour ne pas attirer l’attention des flics. Les chefs du gang commençaient à être plus enclins à négocier.

Ce n’est que le surlendemain que des gens sortirent de l’immeuble. Ils n’étaient pas effrayés, ni en colère, ils affichaient un sourire béat et expliquaient à qui voulait l’entendre que les deux gars qui avaient pris d’assaut l’immeuble étaient en réalité des types super, des visionnaires. Quand leurs camarades sceptiques demandèrent ce qu’il s’était passé pour qu’en deux jours des mecs qui avaient assassiné leurs frères deviennent leurs meilleurs amis, ils n’obtinrent aucune réponse. Personne n’a jamais su ce qui s’était passé là-bas. Un genre d’explications.

Toujours est-il que finalement Sam prit la tête du quartier. La passation de pouvoir attira l’attention des flics et Sam en profita pour se faire des contacts. En quelques mois ces immeubles de banlieue qui n’étaient alors qu’une planque comme une autre devinrent un vrai supermarché de la drogue.

Voilà pourquoi personne n’attaque ce gars de front. Alors moi je rumine ma rage sans trop savoir quoi faire. Depuis qu’il m’a viré je vivote en faisant taxi dans le Sud. Mon oncle y tient sa petite entreprise. Ça me permet de rester mobile sans faire de vagues. Et voilà que sa femme entre en jeu.

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