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L'aiguille creuse

Episode 65

C’était absolument l’avis de Beautrelet. Il alla même plus loin : deux journalistes le harcelant ce matin-là, il leur donna les informations les plus fantaisistes sur son état d’esprit et sur ses projets.

L’après-midi il courut en hâte chez Massiban, qui habitait au numéro 17 du quai Voltaire. À sa grande surprise, il apprit que Massiban venait de partir à l’improviste, lui laissant un mot au cas où il se présenterait. Isidore décacheta et lut :

Je reçois une dépêche qui me donne quelque espérance. Je pars donc et coucherai à Rennes. Vous pourriez prendre le train du soir et, sans vous arrêter à Rennes, continuer jusqu’à la petite station de Vélines. Nous nous retrouverions au château, situé à quatre kilomètres de cette station.

Le programme plut à Beautrelet et surtout l’idée qu’il arriverait au château en même temps que Massiban, car il redoutait quelque gaffe de la part de cet homme inexpérimenté. Il rentra chez son ami et passa le reste de la journée avec lui. Le soir il prenait l’express de Bretagne. À six heures il débarquait à Vélines. Il fit à pied, entre des bois touffus, les quatre kilomètres de route. De loin, il aperçut sur une hauteur un long manoir, construction assez hybride, mêlée de Renaissance et de Louis-Philippe, mais ayant grand air tout de même avec ses quatre tourelles et son pont-levis emmailloté de lierre.

Isidore sentait son cœur battre en approchant. Touchait-il réellement au terme de sa course ? Le château contenait-il la clef du mystère ?

Il n’était pas sans crainte. Tout cela lui semblait trop beau, et il se demandait si, cette fois encore, il n’obéissait pas à un plan infernal, combiné par Lupin, si Massiban n’était pas, par exemple, un instrument entre les mains de son ennemi.

Il éclata de rire.

« Allons, je deviens comique. On croirait vraiment que Lupin est un monsieur infaillible qui prévoit tout, une sorte de Dieu tout-puissant, contre lequel il n’y a rien à faire. Que diable ! Lupin se trompe, Lupin, lui aussi, est à la merci des circonstances, Lupin fait des fautes, et c’est justement grâce à la faute qu’il a faite en perdant le document, que je commence à prendre barre sur lui. Tout découle de là. Et ses efforts, en somme, ne servent qu’à réparer la faute commise. » Et joyeusement, plein de confiance, Beautrelet sonna.

– Monsieur désire ? dit un domestique apparaissant sur le seuil.

– Le baron de Vélines peut-il me recevoir ?

Et il tendit sa carte.

– Monsieur le baron n’est pas encore levé, mais si Monsieur veut l’attendre.

– Est-ce qu’il n’y a pas déjà quelqu’un qui l’a demandé, un monsieur à barbe blanche, un peu voûté ? fit Beautrelet qui connaissait Massiban par les photographies que les journaux avaient données.

– Oui, ce monsieur est arrivé il y a dix minutes, je l’ai introduit dans le parloir. Si Monsieur veut bien me suivre également.

L’entrevue de Massiban et de Beautrelet fut tout à fait cordiale. Isidore remercia le vieillard des renseignements de premier ordre qu’il lui devait, et Massiban lui exprima son admiration de la façon la plus chaleureuse. Puis ils échangèrent leurs impressions sur le document, sur les chances qu’ils avaient de découvrir le livre, et Massiban répéta ce qu’il avait appris, relativement à M. de Vélines. Le baron était un homme de soixante ans qui, veuf depuis de longues années, vivait très retiré avec sa fille, Gabrielle de Villemon, laquelle venait d’être cruellement frappée par la perte de son mari et de son fils aîné, morts des suites d’un accident d’auto.

– M. le baron fait prier ces messieurs de vouloir bien monter.

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