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L'aiguille creuse

Episode 63

Ils entrèrent ensemble. Le directeur, aussitôt prévenu, se mit à leur entière disposition, les mena devant la vitrine, et leur montra un pauvre volume, sans le moindre ornement, et qui n’avait certes rien de royal. Un peu d’émotion tout de même les envahit à l’aspect de ce livre que la reine avait touché en des jours si tragiques, que ses yeux rougis de larmes avaient regardé... Et ils n’osaient le prendre et le fouiller, comme s’ils avaient eu l’impression d’un sacrilège...

– Voyons, monsieur Beautrelet, c’est une tâche qui vous incombe.

Il prit le livre d’un geste anxieux. La description correspondait bien à celle que l’auteur de la brochure en avait donnée. D’abord une couverture de parchemin, parchemin sali, noirci, usé par places, et, au-dessous, la vraie reliure, en cuir rigide.

Avec quel frisson Beautrelet s’enquit de la poche dissimulée ! Était-ce une fable ? Ou bien retrouverait-il encore le document écrit par Louis XVI, et légué par la reine à son ami fervent ?

À la première page, sur la partie supérieure du livre, pas de cachette.

– Rien, murmura-t-il.

– Rien, redirent-ils en écho, palpitants.

Mais à la dernière page, ayant un peu forcé l’ouverture du livre, il vit tout de suite que le parchemin se décollait de la reliure. Il glissa les doigts... Quelque chose, oui, il sentit quelque chose... un papier...

– Oh ! fit-il victorieusement, voilà... est-ce possible !

– Vite ! Vite ! lui cria-t-on. Qu’attendez-vous ?

Il tira une feuille, pliée en deux.

– Eh bien, lisez !... Il y a des mots à l’encre rouge... tenez... on dirait du sang... du sang tout pâle... lisez donc !

Il lut :

À vous, Fersen. Pour mon fils, 16 octobre 1793... Marie-Antoinette.

Et soudain, Beautrelet poussa une exclamation de stupeur. Sous la signature de la reine, il y avait... il y avait, à l’encre noire, deux mots soulignés d’un paraphe... deux mots : Arsène Lupin.

Tous, chacun à son tour, ils saisirent la feuille, et le même cri s’échappait aussitôt :

– Marie-Antoinette... Arsène Lupin.

Un silence les réunit. Cette double signature, ces deux noms accouplés, découverts au fond du livre d’heures, cette relique où dormait, depuis plus d’un siècle, l’appel désespéré de la pauvre reine, cette date horrible, 16 octobre 1793, jour où tomba la tête royale, tout cela était d’un tragique morne et déconcertant.

– Arsène Lupin, balbutia l’une des voix, soulignant ainsi ce qu’il y avait d’effarant à voir ce nom diabolique au bas de la feuille sacrée.

– Oui, Arsène Lupin, répéta Beautrelet. L’ami de la reine n’a pas su comprendre l’appel désespéré de la mourante. Il a vécu avec le souvenir que lui avait envoyé celle qu’il aimait, et il n’a pas deviné la raison de ce souvenir. Lupin a tout découvert, lui... et il a pris.

– Il a pris quoi ?

– Le document parbleu ! le document écrit par Louis XVI, et c’est cela que j’ai tenu entre mes mains. Même apparence, même configuration, mêmes cachets rouges. Je comprends pourquoi Lupin n’a pas voulu me laisser un document dont je pouvais tirer parti par le seul examen du papier, des cachets, etc.

– Et alors ?

– Et alors, puisque le document dont je connais le texte est authentique, puisque j’ai vu la trace des cachets rouges, puisque Marie-Antoinette elle-même certifie, par ce mot de sa main, que tout le récit de la brochure reproduite par M. Massiban est authentique, puisqu’il existe vraiment un problème historique de l’Aiguille creuse, je suis sûr de réussir.

– Comment ? Authentique ou non, le document, si vous ne parvenez pas à le déchiffrer, ne sert à rien puisque Louis XVI a détruit le livre qui en donnait l’explication.

– Oui, mais l’autre exemplaire, arraché aux flammes par le capitaine des gardes du roi Louis XIV, n’a pas été détruit.

– Qu’en savez-vous ?

– Prouvez le contraire.

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