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L'aiguille creuse

Episode 56

Il réussit, en effet, à se lever, et Valméras l’entraîna hors de la chambre. Ils suivirent à tâtons un couloir, et si doucement, que chacun d’eux ne percevait pas la présence de l’autre. Une faible lueur cependant semblait éclairer le vestibule vers lequel ils se dirigeaient. Valméras passa la tête. C’était une veilleuse placée au bas de l’escalier, sur un guéridon que l’on apercevait à travers les branches frêles d’un palmier.

– Halte ! souffla Valméras.

Près de la veilleuse, il y avait un homme en faction, debout, qui tenait un fusil. Les avait-il vus ? Peut-être. Du moins quelque chose dut l’inquiéter, car il épaula.

Beautrelet était tombé à genoux contre la caisse d’un arbuste et il ne bougeait plus, le cœur comme déchaîné dans sa poitrine. Cependant le silence et l’immobilité des choses rassurèrent l’homme en faction. Il baissa son arme. Mais sa tête resta tournée vers la caisse de l’arbuste.

D’effrayantes minutes s’écoulèrent, dix, quinze. Un rayon de lune s’était glissé par une fenêtre de l’escalier. Et soudain Beautrelet s’avisa que le rayon se déplaçait insensiblement et que, avant quinze autres, dix autres minutes, il serait sur lui, l’éclairant en pleine face. Des gouttes de sueur tombèrent de son visage sur ses mains tremblantes.

Son angoisse était telle qu’il fut sur le point de se relever et de s’enfuir Mais, se souvenant que Valméras était là, il le chercha des yeux, et il fut stupéfait de le voir, ou plutôt de le deviner qui rampait dans les ténèbres à l’abri des arbustes et des statues. Déjà il atteignait le bas de l’escalier, à hauteur, à quelques pas, de l’homme. Qu’allait-il faire ? Passer quand même ? Monter seul à la délivrance du prisonnier ? Mais pourrait-il passer ? Beautrelet ne le voyait plus et il avait l’impression que quelque chose allait s’accomplir, une chose que le silence, plus lourd, plus terrible, semblait pressentir aussi.

Et brusquement une ombre qui bondit sur l’homme, la veilleuse qui s’éteint, le bruit d’une lutte... Beautrelet accourut. Les deux corps avaient roulé sur les dalles. Il voulut se pencher. Mais il entendit un gémissement rauque, un soupir, et aussitôt un des adversaires se releva qui lui saisit le bras.

– Vite... Allons-y.

C’était Valméras.

Ils montèrent deux étages et débouchèrent à l’entrée d’un corridor qu’un tapis recouvrait.

– À droite, souffla Valméras... la quatrième chambre sur la gauche.

Bientôt ils trouvèrent la porte de cette chambre. Comme ils s’y attendaient, le captif était enfermé à clef. Il leur fallut une demi-heure, une demi-heure d’efforts étouffés, de tentatives assourdies pour forcer la serrure. Enfin ils entrèrent. À tâtons, Beautrelet découvrit le lit. Son père dormait. Il le réveilla doucement.

– C’est moi, Isidore... et un ami... Ne crains rien... lève-toi... pas un mot...

Le père s’habilla, mais au moment de sortir, il leur dit à voix basse :

– Je ne suis pas seul dans le château...

– Ah ! qui ? Ganimard ? Sholmès ?

– Non... du moins je ne les ai pas vus.

– Alors ?

– Une jeune fille.

– Mlle de Saint-Véran, sans aucun doute ?

– Je ne sais pas... je l’ai aperçue de loin plusieurs fois dans le parc... et puis, en me penchant de ma fenêtre, je vois la sienne... Elle m’a fait des signaux.

– Tu sais où est sa chambre ?

– Oui, dans ce couloir, la troisième à droite.

– La chambre bleue, murmura Valméras. La porte est à deux battants, nous aurons moins de mal.

Très vite, en effet, l’un des battants céda. Ce fut le père Beautrelet qui se chargea de prévenir la jeune fille.

Dix minutes après il sortait de la chambre avec elle et disait à son fils :

– Tu avais raison... Mlle de Saint-Véran.

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