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L'aiguille creuse

Episode 54

Beautrelet prit le train de Paris à la station la plus proche. Le surlendemain, après trois visites infructueuses, il trouva enfin Louis Valméras. C’était un homme d’une trentaine d’années, au visage ouvert et sympathique. Beautrelet, jugeant inutile de biaiser, nettement se fit connaître et raconta ses efforts et le but de sa démarche.

– J’ai tout lieu de penser, conclut-il, que mon père est emprisonné au château de l’Aiguille, en compagnie sans doute d’autres victimes. Et je viens vous demander ce que vous savez de votre locataire, le baron Anfredi.

– Pas grand-chose. J’ai rencontré le baron Anfredi l’hiver dernier à Monte-Carlo. Ayant appris, par hasard, que j’étais propriétaire d’un château, comme il désirait passer l’été en France, il me fit des offres de location.

– C’est un homme encore jeune...

– Oui, des yeux très énergiques, des cheveux blonds.

– De la barbe ?

– Oui, terminée par deux pointes qui retombent sur un faux col fermant par-derrière, comme le col d’un clergyman. D’ailleurs, il a quelque peu l’air d’un prêtre anglais.

– C’est lui, murmura Beautrelet, c’est lui, tel que je l’ai vu, c’est son signalement exact.

– Comment !... vous croyez ?...

– Je crois, je suis sûr que votre locataire n’est autre qu’Arsène Lupin.

L’histoire amusa Louis Valméras. Il connaissait toutes les aventures de Lupin et les péripéties de sa lutte avec Beautrelet. Il se frotta les mains.

– Allons, le château de l’Aiguille va devenir célèbre... ce qui n’est pas pour me déplaire, car au fond, depuis que ma mère n’y habite plus, j’ai toujours eu l’idée de m’en débarrasser à la première occasion. Après cela, je trouverai acheteur. Seulement...

– Seulement ?

– Je vous demanderai de n’agir qu’avec la plus extrême prudence et de ne prévenir la police qu’en toute certitude. Voyez-vous que mon locataire ne soit pas Lupin ?

Beautrelet exposa son plan. Il irait seul, la nuit, il franchirait les murs, se cacherait dans le parc...

Louis Valméras l’arrêta tout de suite.

– Vous ne franchirez pas si facilement des murs de cette hauteur. Si vous y parvenez, vous serez accueilli par deux énormes molosses qui appartiennent à ma mère et que j’ai laissés au château.

– Bah ! une boulette...

– Je vous remercie ! Mais supposons que vous leur échappiez. Et après ? Comment entrerez-vous dans le château ? Les portes sont massives, les fenêtres sont grillées. Et d’ailleurs, une fois entré, qui vous guiderait ? Il y a quatre-vingts chambres.

– Oui, mais cette chambre à deux fenêtres, au second étage ?...

– Je la connais, nous l’appelons la chambre des Glycines. Mais comment la trouverez-vous ? Il y a trois escaliers et un labyrinthe de couloirs. J’aurai beau vous donner le fil, vous expliquer le chemin à suivre, vous vous perdrez.

– Venez avec moi, dit, Beautrelet en riant.

– Impossible. J’ai promis à ma mère de la rejoindre dans le Midi.

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