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L'aiguille creuse

Episode 49

Beautrelet n’avait pas attendu qu’elle eût prononcé la dernière syllabe. Il était debout déjà, et sans se soucier de Froberval, sans plus s’occuper de la petite, tandis qu’elle le regardait avec stupéfaction, il ouvrait la porte et courait vers la gare.

– Châteauroux... Madame... un billet pour Châteauroux...

– Par Le Mans et Tours ? demanda la buraliste.

– Évidemment... le plus court... J’arriverai pour déjeuner ?

– Ah non...

– Pour dîner ? Pour coucher ?...

– Ah non, pour ça il faudrait passer par Paris... L’express de Paris est à huit heures... Il est trop tard.

Il n’était pas trop tard. Beautrelet put encore l’attraper.

– Allons, dit Beautrelet, en se frottant les mains, je n’ai passé qu’une heure à Cherbourg, mais elle fut bien employée.

Pas un instant, il n’eut l’idée d’accuser Charlotte de mensonge. Faibles, désemparées, capables des pires trahisons, ces petites natures obéissent également à des élans de sincérité, et Beautrelet avait vu, dans ses yeux effrayés, la honte du mal qu’elle avait fait, et la joie de le réparer en partie. Il ne doutait donc point que Châteauroux fût cette autre ville à laquelle Lupin avait fait allusion, et où ses complices devaient lui téléphoner.

Dès son arrivée à Paris, Beautrelet prit toutes les précautions nécessaires pour n’être pas suivi. Il sentait que l’heure était grave. Il marchait sur la bonne route qui le conduisait vers son père ; une imprudence pouvait tout gâter.

Il entra chez un de ses camarades de lycée et en sortit, une heure après, méconnaissable. C’était un Anglais d’une trentaine d’années, habillé d’un complet marron à grands carreaux, culotte courte, bas de laine, casquette de voyage, la figure colorée et un petit collier de barbe rousse.

Il enfourcha une bicyclette à laquelle était accroché tout un attirail de peintre et fila vers la gare d’Austerlitz.

Le soir, il couchait à Issoudun. Le lendemain, dès l’aube, il sautait en machine. À sept heures, il se présentait au bureau de poste de Châteauroux et demandait la communication avec Paris. Obligé d’attendre, il liait conversation avec l’employé et apprenait que l’avant-veille, à pareille heure, un individu, en costume d’automobiliste, avait également demandé la communication avec Paris.

La preuve était faite. Il n’attendit pas davantage.

L’après-midi, il savait, par des témoignages irrécusables, qu’une limousine, suivant la route de Tours, avait traversé le bourg de Buzançais, puis la ville de Châteauroux et s’était arrêtée au-delà de la ville, sur la lisière de la forêt. Vers dix heures, un cabriolet, conduit par un individu, avait stationné auprès de la limousine, puis s’était éloigné vers le sud par la vallée de la Bouzanne. À ce moment, une autre personne se trouvait aux côtés du conducteur. Quant à l’automobile, prenant le chemin opposé, elle s’était dirigée vers le nord, vers Issoudun.

Isidore découvrit aisément le propriétaire du cabriolet. Mais ce propriétaire ne put rien dire. Il avait loué sa voiture et son cheval à un individu qui les avait ramenés lui-même le lendemain.

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