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L'aiguille creuse

Episode 4

À ce moment, le comte de Gesvres entra, suivi du médecin. Le comte, qui ne semblait pas se ressentir de l’agression dont il avait été victime, souhaita la bienvenue aux deux magistrats. Puis il ouvrit la porte du boudoir.

La pièce, où personne n’avait pénétré depuis le crime, sauf le docteur, offrait, à l’encontre du salon, le plus grand désordre. Deux chaises étaient renversées, une des tables démolie, et plusieurs autres objets, une pendule de voyage, un classeur, une boîte de papier à lettres, gisaient à terre. Et il y avait du sang à certaines des feuilles blanches éparpillées.

Le médecin écarta le drap qui cachait le cadavre. Jean Daval, habillé de ses vêtements ordinaires de velours et chaussé de bottines ferrées, était étendu sur le dos, un de ses bras replié sous lui. On avait ouvert sa chemise, et l’on apercevait une large blessure qui trouait sa poitrine.

– La mort a dû être instantanée, déclara le docteur... un coup de couteau a suffi.

– C’est sans doute, dit le juge, le couteau que j’ai vu sur la cheminée du salon, près d’une casquette de cuir ?

– Oui, certifia le comte de Gesvres, le couteau fut ramassé ici même. Il provient de la panoplie du salon d’où ma nièce, Mlle de Saint-Véran, arracha le fusil. Quant à la casquette de chauffeur, c’est évidemment celle du meurtrier.

M. Filleul étudia encore certains détails de la pièce, adressa quelques questions au docteur, puis pria M. de Gesvres de lui faire le récit de ce qu’il avait vu et de ce qu’il savait. Voici en quels termes le comte s’exprima :

– C’est Jean Daval qui m’a réveillé. Je dormais mal d’ailleurs, avec des éclairs de lucidité où j’avais l’impression d’entendre des pas, quand tout à coup, en ouvrant les yeux, je l’aperçus au pied de mon lit, sa bougie à la main, et tout habillé comme il l’est actuellement, car il travaillait souvent très tard dans la nuit. Il semblait fort agité, et il me dit à voix basse : « Il y a des gens dans le salon. » En effet, je perçus du bruit. Je me levai et j’entrebâillai doucement la porte de ce boudoir. Au même instant, cette autre porte qui donne sur le grand salon était poussée, et un homme apparaissait qui bondit sur moi et m’étourdit d’un coup de poing à la tempe. Je vous raconte cela sans aucun détail, Monsieur le juge d’instruction, pour cette raison que je ne me souviens que des faits principaux et que ces faits se sont passés avec une extraordinaire rapidité.

– Et après ?

– Après, je ne sais plus... Quand je suis revenu à moi, Daval était étendu, mortellement frappé.

– À première vue, vous ne soupçonnez personne ?

– Personne.

– Vous n’avez aucun ennemi ?

– Je ne m’en connais pas.

– M. Daval n’en avait pas non plus ?

– Daval ! un ennemi ? C’était la meilleure créature qui fût. Depuis vingt ans que Jean Daval était mon secrétaire, et, je puis le dire, mon confident, je n’ai jamais vu autour de lui que des sympathies et des amitiés.

– Pourtant, il y a eu escalade, il y a eu meurtre, il faut bien un motif à tout cela.

– Le motif ? mais c’est le vol, purement et simplement.

– On vous a donc volé quelque chose ?

– Rien.

– Alors ?

– Alors, si l’on n’a rien volé et s’il ne manque rien, on a du moins emporté quelque chose.

– Quoi ?

– Je l’ignore. Mais ma fille et ma nièce vous diront, en toute certitude, qu’elles ont vu successivement deux hommes traverser le parc, et que ces deux hommes portaient d’assez volumineux fardeaux.

– Ces demoiselles...

– Ces demoiselles ont rêvé ? je serais tenté de le croire, car, depuis ce matin, je m’épuise en recherches et en suppositions. Mais il est aisé de les interroger.

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