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L'aiguille creuse

Episode 36

C’était un homme jeune, au visage énergique, aux longs cheveux blonds, et dont la barbe, un peu fauve de nuance, se divisait en deux pointes courtes. Son costume rappelait le costume sobre d’un prêtre anglais, et toute sa personne, d’ailleurs, avait quelque chose d’austère et de grave qui inspirait le respect.

– Qui êtes-vous ? lui demandai-je.

Et, comme il ne répondait pas, je répétai :

– Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ici ? Que venez-vous faire ?

Il me regarda et dit :

– Vous ne me reconnaissez pas ?

– Non... non !

– Ah c’est vraiment curieux... Cherchez bien... un de vos amis... un ami d’un genre un peu spécial...

Je lui saisis le bras vivement :

– Vous mentez !... Vous n’êtes pas celui que vous dites... ce n’est pas vrai...

– Alors pourquoi pensez-vous à celui-là plutôt qu’à un autre ? dit-il en riant.

Ah ! ce rire ! ce rire jeune et clair, dont l’ironie amusante m’avait si souvent diverti !... Je frissonnai. Était-ce possible ?

– Non, non, protestai-je avec une sorte d’épouvante... il ne se peut pas...

– Il ne se peut pas que ce soit moi, parce que je suis mort, hein, et que vous ne croyez pas aux revenants ?

Il rit de nouveau.

– Est-ce que je suis de ceux qui meurent, moi ? Mourir ainsi, d’une balle tirée dans le dos, par une jeune fille ! Vraiment, c’est mal me juger ! Comme si, moi, je consentirais à une pareille fin !

– C’est donc vous ! balbutiai-je, encore incrédule, et tout ému... Je ne parviens pas à vous retrouver...

– Alors, prononça-t-il gaiement, je suis tranquille. Si le seul homme à qui je me sois montré sous mon véritable aspect ne me reconnaît pas aujourd’hui, toute personne qui me verra désormais tel que je suis aujourd’hui ne me reconnaîtra pas non plus quand elle me verra sous mon réel aspect... si tant est que j’aie un réel aspect...

Je retrouvais sa voix, maintenant qu’il n’en changeait plus le timbre, et je retrouvais ses yeux aussi, et l’expression de son visage, et toute son attitude, et son être lui-même, à travers l’apparence dont il l’avait enveloppé.

– Arsène Lupin, murmurai-je.

– Oui, Arsène Lupin, s’écria-t-il en se levant. Le seul et unique Lupin, retour du royaume des ombres, puisqu’il paraît que j’ai agonisé et trépassé dans une crypte. Arsène Lupin vivant de toute sa vie, agissant de toute sa volonté, heureux et libre, et plus que jamais résolu à jouir de cette heureuse indépendance dans un monde où il n’a jusqu’ici rencontré que faveur et que privilège.

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