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L'aiguille creuse

Episode 28

Il précipita ses coups. Et soudain, sa pioche qui, jusqu’ici, n’avait point rencontré de résistance, se heurta à une matière plus dure, et rebondit. On entendit comme un bruit d’éboulement, et ce qui restait de l’autel s’abîma dans le vide à la suite du bloc de pierre que la pioche avait frappé. Beautrelet se pencha. Il fit flamber une allumette et la promena sur le vide :

– L’escalier commence plus en avant que je ne pensais, sous les dalles de l’entrée, presque. J’aperçois les dernières marches.

– Est-ce profond ?

– Trois ou quatre mètres... Les marches sont très hautes... et il en manque.

– Il n’est pas vraisemblable, dit M. Filleul, que pendant la courte absence des trois gendarmes, alors qu’on enlevait Mlle de Saint-Véran, il n’est pas vraisemblable que les complices aient eu le temps d’extraire le cadavre de cette cave... Et puis, pourquoi l’eussent-ils fait, d’ailleurs ? Non, pour moi, il est là.

Un domestique leur apporta une échelle que Beautrelet introduisit dans l’excavation et qu’il planta, en tâtonnant, parmi les décombres tombés. Puis il en maintint vigoureusement les deux montants.

– Voulez-vous descendre, monsieur Filleul ?

Le juge d’instruction, muni d’une bougie, s’aventura. Le comte de Gesvres le suivit. À son tour Beautrelet posa le pied sur le premier échelon.

Il y en avait dix-huit qu’il compta machinalement, tandis que ses yeux examinaient la crypte où la lueur de la bougie luttait contre les lourdes ténèbres. Mais, en bas, une odeur violente, immonde, le heurta, une de ces odeurs de pourriture dont le souvenir, par la suite, vous obsède. Oh ! cette odeur, il en eut le cœur qui chavira...

Et tout à coup, une main tremblante lui agrippa l’épaule.

– Eh bien ! quoi ? Qu’y a-t-il ?

– Beautrelet, balbutia M. Filleul.

Il ne pouvait parler, étreint par l’épouvante.

– Voyons, Monsieur le juge d’instruction, remettez-vous...

– Beautrelet... il est là...

– Hein ?

– Oui... il y avait quelque chose sous la grosse pierre qui s’est détachée de l’autel... j’ai poussé la pierre... et j’ai touché... Oh je n’oublierai jamais...

– Où est-il ?

– De ce côté... Sentez-vous cette odeur ?... et puis, tenez... regardez...

Il avait saisi la bougie et la projetait vers une forme étendue sur le sol.

– Oh ! s’exclama Beautrelet avec horreur.

Les trois hommes se courbèrent vivement. À moitié nu, le cadavre s’allongeait maigre, effrayant. La chair verdâtre, aux tons de cire molle, apparaissait par endroits, entre les vêtements déchiquetés. Mais le plus affreux, ce qui avait arraché au jeune homme un cri de terreur, c’était la tête, la tête que venait d’écraser le bloc de pierre, la tête informe, masse hideuse où plus rien ne pouvait se distinguer... et quand leurs yeux se furent accoutumés à l’obscurité, ils virent que toute cette chair grouillait abominablement...

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